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Les vitraux de toutes les rumeurs

Par Thierry Boutet

Une rumeur, « évidemment infondée » (sic), prétend que les  vitraux de Notre-Dame de Paris destinés à remplacer, sans aucune raison, ceux de Viollet-Le-Duc qui n’ont pas été endommagés par l’incendie toujours inexpliqué de la cathédrale, auraient été conçus par une femme soupçonnée de satanisme, Claire Tabouret. Il y a toujours des esprits grincheux pour se demander à qui se fier, diront les « bien-pensants » !

Selon ces médisants, la maquette qui a été présentée et adoptée représente des personnages du Nouveau Testament. A coté de la Vierge se tient un apôtre dont le pli tendu de la tunique au niveau du bas ventre ne laisse, selon ces esprits suspicieux,  guère de doute sur ce qui se cache dessous.  Toujours selon les soupçonneux, le visage de la Vierge ressemble à celui de Susan Atkins. Cette femme est célèbre pour avoir vécu sous la direction de Charles Manson, comme membre de la « Famille Manson », et  fut reconnue parmi les auteurs de l’assassinat sordide de Sharon Tate, la femme Roman Polansky enceinte de huit mois et demi, et de ses amis aux cris de « Je suis le diable et je suis ici pour faire le travail du diable. », dans la nuit du 8 au 9 aout 1969. 

Pour mémoire, Roman Polansky avait été deux ans plus tôt, le réalisateur de Rosemary ’s Baby. Ce charmant film d’horreur est un film dont la thèse officielle est de dénoncer l’enfermement des femmes au foyer, leur soumission aux diktats de la société puritaine dominante, ainsi que l’horreur de la grossesse. Très concrètement, le film gratifie le spectateur, de manière réaliste, détaillée et très crue, d’une scène de viol par le diable de cette épouse modèle et de la naissance du fils de celui-ci. Ceci n’aurait que peu de rapports avec les vitraux de Notre-Dame si l’artiste, selon ses détracteurs, ne semblait pas goûter cet univers spirituel pour le moins sombre.   

Le choix de l’évêque et du Président

Pour l’heure, c’est donc l’œuvre de cette artiste qui aurait été choisie par le Président sur les conseils de sa femme contre l’avis des commissions consultées. Les commérages ajoutent que l’archevêque de Paris aurait cédé à la présidence. Bien entendu, il s’agit d’un récit de « complotiste », totalement imaginaire. Heureusement, des articles de grands quotidiens sérieux ont salué cette grande œuvre digne de l’édifice sacré et de son histoire. Selon les médisances de ces absurdes détracteurs, en lisant l’un de ces papiers qui s’adresse en particulier aux catholiques et au clergé, le lecteur attentif aura vraiment l’impression qu’il s’agit d’un contre-feu pour couper court à toute supputation et sauver le projet. L’article a en effet toutes les caractéristiques d’un article de commande conçu par des communicants de première qualité qui ont préparé les questions et travaillé les réponses. L’objectif du papier serait évidement de dédouaner l’évêque de Paris. Les plus mauvaises langues reconnaissent cependant que, par principe, au titre de l’autorité, l’archevêque  est insoupçonnable et qu’en l’occurrence, il se trouve certainement bien ennuyé, d’être obligé d’accepter ces vitraux – sans doute pour des raisons qui échappent au commun des mortels et auxquelles il ne peut déroger. (In cauda venenum !)

Des omissions fortuites ?

Ces articles omettent cependant certains détails sur l’artiste. Elle vit avec un musicien et aurait deux enfants dont il n’est pas dit s’ils sont ou non de lui. Mais ce n’est pas cet aspect de sa vie privée qui fait problème selon ces rumeurs (évidement infondées). Le musicien en question aurait joué dans des groupes assez sulfureux : e groupe Pretty Girls Make Graves (Les jolies filles font des tombes), nommé d’après la chanson du même nom des Smiths, elle-même nommée d’après une citation de The Dharma Bums (c’est-à-dire les clochards célestes) de Jack Kerouac. (Au fait, les clochards célestes c’est qui ? A chacun de se faire son avis). Les membres de ce groupe avaient déjà joué ensemble dans The Hookers (les prostituées en anglais) ainsi que dans The Death Wish Kids (Les enfants du défi mortel) qui avait formé précédemment fondé Murder City Devils. (les démons de la ville du meurtre). Sans être un spécialiste du hard rock, chacun peut comprendre qu’un catholicisme solide et pieux inspire ces créations musicale. Que va-t-on imaginer ? 

A ces médisances s’en ajoutent d’autres : le couple, par un malencontreux hasard, évidemment, aurait racheté en 2016 une partie du Barker Ranch. Cette résidence secondaire a un charme très particulier et une histoire un peu spéciale. Elle est assez sulfureuse. Elle fut le fief de la diabolique « Famille Manson », déjà  évoquée, en 1968 et 1969. Dans ce coin charmant de la Death Valley dans l’Est de la Californie, proche du Nevada, ont été retrouvées des dizaines de cadavres avant que les bâtiments soient en partie incendiés et détruits pour éviter que la police en trouve d’autres. Les mauvaises langues que nous avons consultées ne pensent pas que ce lieu maléfique ait été exorcisé par l’artiste et son compagnon. 

Si l’on s’en tient à l’œuvre, l’artiste reconnait elle-même qu’elle s’inspire du tarot Rider Waite illustré par Pamela Colman Smith. Les mal-pensants pensent, une fois de plus, que ce n’est pas très catholique. Cette peintre a rejoint en effet The Hermetic Order of the Golden Dawn (Ordre Hermétique de l’Aube Dorée), une société secrète anglaise. Elle y fréquente d’autres francs-maçons comme  William Butler Yeats, Aleister Crowley et le fameux Arthur Edward Waite, tous évidement réputés pour leur ferveur spirituelle. Pamela Colman Smith elle-même a un petit côté mystique. Elle a des visions. Elle appelle ses œuvres des « peintures musicales ». La synesthésie devient la marque de l’art symbolique de cette artiste illuminée. 

Le pire serait-il probable ? 

Encore une fois, que penser de tout cela ? Restons prudents diront les « bien-pensants » : « ce sont des artistes, ils sont en recherche. Il ne faut pas voir le mal partout. Il serait sage de distinguer la vie de l’artiste de son œuvre. Michel-Ange n’était pas un saint. Etc. » Pourquoi, après tout, ne pourrait-on pas trouver du talent à notre artiste en passe de devenir une gloire nationale et même apprécier sa peinture comme celle de Mario Rupnick, grand ami du pape François, auteur de nombreuses fresques dont celles qui couvrent les murs de San Giovani Rotondo, et condamné pour abus sexuels ? Pourquoi s’imaginer que les vitraux de Notre-Dame, pourraient être cachés par un voile pieux, comme, à Lourdes, les fresques de Rupnick après que le scandale eut éclaté. Ne soyons pas prophète de malheur. Bien sur, le Président, sa femme et l’archevêque de Paris auraient pu choisir d’autres grands artistes, des maîtres du vitrail sans parler de ceux de l’école atelier de Chartres. L’important, pour eux, même si cela ne plaît pas aux grincheux, serait probablement, que le pape Léon XIV inaugurent ces vitraux lors de sa venue à Paris en septembre. Ce serait un geste, sinon beau, du moins symbolique, même s’il n’est pas certain qu’il fasse ricaner tout le monde sur la terre comme au ciel. 

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