Par Francis Jubert
La France a assisté au déferlement d’une violence méthodique. Des batailles de rue d’une intensité rare, menées par des fauteurs de désordre organisés. Des saccages systématiques, des pillages en règle, des mairies et des préfectures prises d’assaut, le beffroi de Limoges réduit en cendres.
Tandis que de nouvelles vagues de chaos étaient jetées dans la bataille, les forces de l’ordre, exposées et trop souvent entravées par des consignes frileuses, ont tenté de contenir l’assaut. Bilan : plus de 1 200 interpellations, cent cinquante policiers et gendarmes blessés.
Il y a quinze jours, j’écrivais ici : « Stop ou encore ? ». Depuis, le diagnostic s’est mu en une évidence implacable. Nous ne sommes plus dans le registre de l’émeute urbaine ou de la contestation sociale : nous sommes entrés dans une séquence insurrectionnelle.
Cette mise en scène du chaos n’a rien d’improvisé. Elle trouve sa matrice intellectuelle dans un ouvrage publié il y a douze ans chez Fayard : L’Ère du peuple, de Jean-Luc Mélenchon. L’ancien tribun trotskiste y théorisait un « peuple » unifié par-delà les clivages et faisait de la « convergence des luttes » la rampe de lancement de sa « révolution citoyenne ».
L’Histoire regorge de ces textes fondateurs d’abord pris pour de simples élucubrations doctrinales, avant d’accoucher de dynamiques destructrices. Que faire ? de Lénine, Mein Kampf d’Hitler : des écrits longtemps sous-estimés dont la puissance de subversion ne s’est mesurée qu’à l’épreuve des faits.
L’Ère du peuple relève de cette généalogie trouble. Douze ans plus tard, les brasiers qui illuminent nos villes portent sa grammaire idéologique. La France insoumise et ses structures satellites ne se contentent plus de commenter la subversion : elles l’encadrent, la légitiment et l’instrumentalisent.
Derrière cette avant-garde révolutionnaire s’affairent les relais d’accompagnement : des franges radicalisées issues de la galaxie contestataire, des cortèges autonomes aux méthodes de milice, et une myriade d’« idiots utiles » incapables de mesurer la bascule autoritaire et chaotique dans laquelle ils s’engouffrent. Face à eux, nous avons affaire à de véritables rejets de la civilisation, à des barbares qui ne comprennent que le rapport de force.
Le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur pointent désormais du doigt la responsabilité accablante de LFI dans ce déluge de désordre. C’est un constat lucide. Mais une lucidité sans actes n’est qu’un constat de compromission. Quand la sédition devient une méthode politique et que l’État tergiverse, l’heure n’est plus aux incantations. La question qui brûle les lèvres des Français est simple : qu’attend-on pour frapper fort ?
L’état d’urgence s’impose dans l’immédiat. Non par goût du spectacle sécuritaire, mais parce que la civilisation se définit d’abord par la tranquillité dans l’ordre – l’ordre tout court. Restrictions de circulation ciblées, couvre-feu dans les zones sinistrées, dissolution administrative immédiate des groupements factieux, interdiction des rassemblements subversifs et mobilisation totale de l’appareil régalien de l’État.
La force doit demeurer du côté de la loi. À défaut, le soufflet retombera-t-il sur les fauteurs de troubles ou faudra-t-il que la France silencieuse, celle qui ne supporte plus ce spectacle permanent de la décadence, descende enfin dans la rue comme ce million de citoyens l’avait fait aux lendemains de mai 68 pour rappeler aux factieux ce qu’est la majorité réelle du pays ?
À défaut, c’est la loi du plus violent qui s’installera sur les décombres de la République.
Stop. Ou encore ?

