Par Francis Jubert
Le règne de la violence et l’abdication de l’État
Les images sont de celles qui tordent le cœur et révoltent l’esprit. Des policiers à terre, roués de coups, piétinés par une foule ensauvagée qui hurle sa haine. Des tirs de mortiers d’artifice qui fusent dans la nuit, des lycées transformés en brasiers, des grilles arrachées, des salles de classe dévastées. Nantes, Saint-Denis, Marseille, Lyon, Pantin…
La géographie du chaos s’écrit chaque soir sur nos écrans. Et face à cette barbarie ordinaire, nos forces de l’ordre reçoivent l’ordre surprenant de réagir « de manière proportionnée ». Proportionnée à quoi ? À l’humiliation ? À la débandade de l’État ?
On assiste en direct à l’abandon méthodique de ceux qui tiennent encore debout les murs de la Cité. Il n’y a plus aucun soutien effectif et sans réserve apporté aux forces de l’ordre, aux policiers et aux gendarmes qui s’interposent au péril de leur vie, ni de doctrine républicaine digne de ce nom pour protéger la population. Au contraire : le pouvoir hésite, temporise, relativise. Georges Bernanos écrivait déjà que « la résignation est une lâcheté heureuse d’elle-même ».
Le gouvernement semble préférer cette lâcheté au rétablissement de l’ordre, pétrifié par la crainte qu’un drame ne survienne, terrifié à l’idée qu’il y ait des morts. Mais c’est précisément vers cette tragédie que l’on s’achemine lorsqu’on laisse des déferlements de hordes barbares triompher dans la rue face à la force désarmée de ceux que l’on appelait naguère les « gardiens de la paix ».
Une violence contenue là où règne l’autorité
Pourtant, ce déchaînement n’est nullement une fatalité. La preuve en est apportée dans les communes où les maires font preuve d’une réelle autorité et d’une volonté politique sans faille. À Saint-Cloud, sous la conduite d’Éric Berdoati, la sérénité demeure : la présence visible, coordonnée et déterminée des forces de l’ordre – Police nationale et Police municipale agissant de concert aux abords du lycée et des collèges – suffit à dissuader les fauteurs de troubles et à maintenir le calme. Preuve est faite que lorsque l’État et les élus assument le rapport de force et réaffirment l’autorité, la rue ne cède pas au chaos.
Des lycées « idiots utiles » aux prétextes dérisoires
Dans le sinistre décor des villes abandonnées à l’émeute, une jeunesse manipulée sert de chair à canon idéologique. Pour justifier les blocages, la casse et le désordre, l’avant-garde lycéenne brandit un inventaire de griefs corporatistes : « le manque de professeurs et de moyens », des « emplois du temps jugés trop chargés », la pression de Parcoursup, ou encore la surchauffe de quelques salles de classe.
Défendre une cause noble ? Quelle farce! Il y a un abîme grotesque entre se plaindre d’un emploi du temps mal agencé ou du manque d’aération d’un gymnase et incendier des grilles, caillasser des pompiers venus éteindre des feux de poubelles ou piétiner des policiers à terre. Le décalage entre la banalité de ces doléances matérielles et la férocité des méthodes employées saute aux yeux. Ces adolescents, chauffés à blanc par des slogans simplistes, sont les bras armés inconscients des factions trotskistes, de Jean-Luc Mélenchon et de ses consorts.
Mais l’inconscience et la jeunesse ne sauraient plus servir de passe-droit ni de brevet d’impunité. On ne peut plus tolérer que ces apprentis casseurs soient tenus pour irresponsables sous prétexte qu’ils sont mineurs ou manipulés. La société n’a pas à solder la facture de leurs accès de fureur. D’une manière ou d’une autre, ils devront payer le prix fort de leur carnage : responsabilité pénale assumée et réparation financière intégrale des destructions commises, prélevée s’il le faut sur le portefeuille de leurs familles.
Saccager un sanctuaire scolaire et s’en prendre à ceux qui protègent la Cité n’a rien d’une révolte romantique ; c’est un crime civil et un acte de vandalisme barbare qui doit être châtié comme tel.
La dérive factieuse : de LFI à la Jeune Garde
Ce laisser-aller n’a rien de neutre ; il est éminemment politique. Il est le fruit vénéneux d’une longue complaisance envers une extrême gauche devenue ouvertement factieuse. Pendant des années, la Jeune Garde – groupuscule violent cofondé par un député LFI – a fait régner sa terreur de rue sous couvert d’« autodéfense ». Bien qu’enfin dissoute sous le ministère de Bruno Retailleau (dissolution confirmée par le Conseil d’État), l’esprit de milice persiste.
L’impunité morale bat son plein
À Saint-Denis, un élu LFI ose déclarer que « la violence, à un moment donné, peut être légitime ». On frôle le contresens républicain absolu. Alors que plus de cinq mille interpellations ont eu lieu en quelques jours et que des centaines de policiers et gendarmes sont blessés, la réponse politique se résume à des incantations et à de mollassons appels à la « désescalade ». On dissout le groupuscule, mais on laisse prospérer l’idéologie révolutionnaire et haineuse qui le nourrit.
La double mesure d’Emmanuel Macron : la menace intérieure tolérée
Et c’est ici que le mystère politique devient vertigineux. Comment comprendre le comportement d’Emmanuel Macron ? Le chef de l’État n’a de cesse, dans ses discours internationaux et européens, de dénoncer avec véhémence les « ingérences extérieures », les guerres hybrides et les tentatives de déstabilisation venues de l’étranger. Mais alors, pourquoi laisse-t-il prospérer avec une telle passivité les ingérences et les subversions intérieures ?
Tout se passe comme si, aux yeux du sommet de l’État, les groupuscules trotskistes, les milices antifa et les agitateurs mélenchonistes avaient désormais acquis un droit de cité inaliénable. Comme si la violence d’extrême gauche bénéficiait d’une forme d’immunité culturelle et historique leur permettant d’édicter leur propre loi par l’exercice illégitime de la force. On combat les ombres venues du dehors, mais on capitule devant les incendiaires du dedans.
L’heure des choix : la force doit rester à la loi
Vendredi 2 octobre, sur CNews, Philippe de Villiers appelait Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu à décréter l’état d’urgence « qui permet de donner aux forces de l’ordre des moyens d’action renforcés : restrictions de circulation, couvre-feu, assignations à résidence, dissolution de certains groupements, interdiction de certaines manifestations ou rassemblements.à l’état d’urgence.» Non pas par goût du spectaculaire ou de l’autoritarisme, mais parce que l’ordre public est le premier des droits de l’homme et la condition première de la liberté. Le diagnostic lucide formulé jadis par Gérard Collomb lors de son départ du ministère de l’Intérieur – « Aujourd’hui on vit côte à côte, je crains que demain on vive face à face » – est devenu notre réalité quotidienne.
Il faut poser la question aux tenants du pouvoir : Stop ou encore ?
– Stop : on réaffirme haut et fort que la force reste du côté de la loi et que la violence contre les dépositaires de l’autorité publique n’est jamais légitime. On offre un soutien effectif, sans faille et sanctuarisé aux policiers et aux gendarmes. On rétablit la peur dans le camp des casseurs.
– Encore : on continue la politique du recul, du louvoiement et des excuses sociologiques. Mais dans ce cas, il faudra assumer. Il faudra expliquer aux policiers à terre pourquoi ils ont été abandonnés, aux Français pourquoi la chienlit a terrassé la République, et à la Nation entière pourquoi on a laissé des groupuscules extrémistes réduire notre pays en cendres.
Si l’État ne se ressaisit pas immédiatement pour briser ce monstre d’impunité, cela ne va pas bien se passer. Car si la force ne reste pas du côté de la loi, très bientôt, il n’y aura plus ni loi, ni État.

