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Le fondement de Joël Duvivier

Recension : Joël Duvivier, Le Fondement, publié en auto-édition sur Bookelis.com, novembre 2025, 148 pages.

Par Francis Jubert

Il y a quelque chose de touchant dans la dédicace qui ouvre ce livre auto-édité de Joël Duvivier, délégué départemental de VIA dans la Marne : « à mes fils, dont les discussions communes et nocturnes sont à l’origine de ce livre ». Le Fondementnaît ainsi moins d’un projet éditorial que d’un besoin de transmission – celui d’un père qui cherche, par l’écrit, à léguer à ses enfants une grille de lecture du monde qui vient.

Les premiers chapitres – la réflexion, la langue, la famille, le sexe, la dignité humaine – égrènent, sur un mode aphoristique et personnel, des constats que le lecteur conservateur reconnaîtra sans peine : dilution de la capacité de jugement dans la culture du « zapping », fragmentation communautaire des grandes villes, effacement du sentiment national, confusion entre dignité ontologique et libre disposition de soi. On y entend, page après page, l’écho de ces conversations nocturnes entre un père et ses fils qui ont donné naissance au projet, et l’ouvrage en garde le ton d’une parole transmise plutôt que celui d’une démonstration savante.

C’est cependant dans ses deux derniers chapitres – « La France » et « L’économie », qui préparent une conclusion sobrement intitulée « Le futur » – que le propos gagne en ampleur et en netteté. Joël Duvivier y dresse d’abord un inventaire des instances internationales qui ont, selon lui, progressivement dépossédé la France de sa souveraineté : l’ONU, dont il souligne l’écart entre le nom et la réalité d’un monde toujours aussi désuni ; l’OMS, qu’il décrit comme perméable aux intérêts de fondations privées, à travers l’exemple du programme de recherche sur la reproduction humaine ; le GIEC et l’Union européenne enfin, dont il rappelle que le principe de primauté du droit communautaire prime sur les législations nationales jusque dans des domaines aussi sensibles que la liberté et la sécurité.

À cet inventaire des influences extérieures répond, en miroir, un bilan intérieur sans complaisance. L’auteur reprend, gouvernement après gouvernement depuis Raymond Barre, les grands indicateurs de la puissance française : endettement continu, effacement régalien qu’il attribue nommément à François Mitterrand, François Hollande et Emmanuel Macron, sous-dimensionnement de l’outil militaire illustré par le retrait du Mali, recul diplomatique et affaissement constitutionnel. Il y ajoute une donnée chiffrée frappante : la France, onzième puissance mondiale par le PIB par habitant dans les années 1990, ne serait plus que vingt-quatrième aujourd’hui.

Ce diagnostic débouche sur la thèse la plus originale du livre : la distinction entre la République et la démocratie, la première ayant fini, selon Joël Duvivier, par trahir la seconde. S’appuyant sur l’article 4 de la Constitution, qui subordonne l’activité des partis politiques au respect de la souveraineté nationale, l’auteur constate que ni l’une ni l’autre ne sont aujourd’hui respectées, les lois procédant trop souvent, écrit-il, de décisions prises hors du contrôle populaire. De ce constat naît un appel, prudent mais assumé, à un régime nouveau – peu importe lequel, insiste-t-il, pourvu qu’il s’appuie réellement sur la démocratie et rende des comptes au peuple qui l’a élu.C’est là, sans doute, tout l’intérêt de ce petit livre sans prétention : la trajectoire qui mène de l’inquiétude intime d’un père pour ses fils au constat politique le plus large. Elle dit quelque chose de juste sur notre moment – à savoir que le souci du foyer et de l’avenir des siens est souvent, aujourd’hui, la matrice de la conscience politique la plus aiguë.

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