0,00 EUR

Votre panier est vide.

Comment comprendre la décision de Marine Le Pen d’être candidate à la présidentielle?

Par Catherine Rouvier

Ce mardi 7 juillet 2026 a été pour la horde de journalistes impatients, le jour le plus long. Une journée entière à tourner et retourner dans tous les sens  tujours les mêmes hypothèses : Marine Le Pen se présentera-t-elle  malgré la confirmation de sa condamnation par la Cour d’appel ou laissera-t-elle son dauphin faire sa première plongée ?

C’est le rugueux Gilles Bouleau, qui s’est chargé , au « 20 heures » de  TF1,  de l’interrogatoire  qui allait mettre fin au suspense.  Marine Le Pen a pu, face à lui et à ses objections incessantes, exercer sa légendaire patience.                          

La réponse est tombée, claire et ferme . « Je serai candidate »

Non juristes, et même juristes – si l’on en croit les predictions de Regis de Castelnau et de quelques autres – peinent à comprendre. 

En réalité la peine principale – trois ans de prison dont deux avec sursis et amende de 100.000 euros – est maintenue, mais la peine accessoire d’inégibilité, initialement de cinq ans, a été réduite à 15 mois par la cour d’appel qui la juge  contraire au principe démocratique de « libre choix de l’électeur»   – manière de la rendre inopérante puisque les quinze mois se trouvent être déjà effectués, la peine étant d’application immédiate dès le jugement de première instance en mars 2025 ! 

C’est la bonne nouvelle du jour pour Marine le Pen. Elle la saisit au vol.  Elle est désormais éligible et se présentera. 

Quant au « bracelet » infamant, substitut de la prison, qu’elle se refusait à porter pour faire campagne, elle ne le mettra pas tout de suite, puisque, elle l’annonce dans la foulée, elle se pourvoit en cassation. 

Ce positionnement est logique dès lors qu’on conteste le fondement même de l’accusation : la qualification  de « détournement de fonds » pour des salaires versés par des élus à leurs assistants pour un travail jugé insuffisant par le parlement européen qui les rémunère, mais qui a été néanmoins effectué, et non soustrait et utilisé a d’autres fins. Il y a bien une mauvaise appréciation des obligations statutaires des assistants parlementaires européens – du reste non encore fixé à l’époque où ce délit est sensé commencer –, mais pas détournement de fonds qui supposerait une utilisation de ces fonds à des fins personnelles totalement étrangères a l’activité incriminée.

Cela semble irriter Gille Bouleau, qui ne veut pas lâcher sa ligne de conduite – soulever des obstacles – et qui lui demande si le fait que le Parquet européen, lui aussi, se pourvoie en Cassation, n’est pas un problème pour elle. Certes ce pourvoi montre la crainte légitime du PE que la Cour fasse droit au pourvoi de MLP et récuse la qualification de « détournement de fonds », fondement de la peine prononcée en première instance et confirmée en appel, ce qui pourrait conduire à la cassation pure et simple, sans renvoi.

Mais, comme le fait remarquer Marine le Pen, il n’est que l’autre face de la même médaille, la Cour devant se prononcer au vu des deux recours, sur un seul et même point de droit.

De la suite de l’échange, rendu fastidieux par l’obstination de Gilles Bouleau à vouloir mettre en berne le moral, visiblement au beau fixe, de la candidate, par une série de questions superfétatoires, beaucoup n’auront sans doute retenu qu’une image forte utilisée par Marine Le Pen, image tellement parlante pour qui a regardé, enfant,  avec surprise,  cette illustration de « voyages de Gulliver » de Jonathan Swift où l’on voit le héros, tel un géant immobilisé au sol par quantité de fils solides tenus par de petits  hommes minuscules, les  habitants de Lilliput ou Lilliputiens. Marine Le Pen  dit en substance que la France était ainsi ligotée et qu’elle-même et Jordan Bardella allaient couper un à un les fils qui l’empêchaient de vivre.

 A côté, les protestations indignées se ses concurrents sur le scandale d’un candidat « deux fois condamné » paraissent bien plates, et un tantinet mesquines. Ont-ils tous oublié les multiples condamnations des politiques issus de leurs propres rangs ?

Protestations vaines du reste. Si les juges ont toujours été tentés de gouverner les peuples, ces derniers  leur ont presque toujours opposé une résistance passive obstinée et fait entendre leur voix, celle qui  place leur empathie avec tel ou tel politique loin devant les jugements et les peines infligées

On peut même dire que la prison, qui a été le lot de nombreux dirigeants avant leur accession au pouvoir, donne aux électeurs un argument de plus en leur faveur:  celui d’avoir été persécutés pour eux et à cause d’eux, en raison de paroles, écrits ou actes s’inscrivant dans l’exercice de leur  action politique.

Les électeurs ont ainsi, en quelque sorte, une dette qu’ils payent en les élisant.

Jules César, en 48 av JC, après avoir « franchi le Rubicon » et être entré dans  Rome alors qu’il risquait d’y être arrêté car il était l’objet de poursuites du fait de  nombreux procès intentés contre lui, pour postuler à la fonction de Consul, aurait dit   « demain, soit je suis consul, soit je suis en prison ». 

Il sera élu et poursuivra contre vents et marée sa montée vers le titre suprême de Pontifex Maximus. IL meurt en 44 avant JC mais du vivant du Christ, les pièces circulant dans l’empire romain, donc en Judée, sont a son effigie, et la réponse positive du Christ a la question « faut-il payer l’impôt à César ? » consacre en quelque sorte l’autonomie du politique par rapport à la morale. 

La sphère proprement politique de désignation des dirigeants  est en réalité du domaine psychologique, mystique, affectif. Les foules immenses pleurant la mort des tyrans, de Staline à Khamenei, ou acclamant les envahisseurs comme des « libérateurs » (Hitler en Autriche) sont là pour le prouver.

Sans aller aussi loin dans le passé, nous connaissons tous des maires qui ont majoritairement satisfait leurs administrés, assuré la prospérité de la ville et le bonheur des habitants, tout en accumulant des condamnations (voire de la prison), et ont été cependant réélus.

On peut, dès lors, se hasarder à parier que, même si le pourvoi n’aboutissait pas a casser le jugement de la cour d’appel pour mauvaise qualification des faits, Marine Le Pen continuera sa campagne malgré cette entrave, et que ses électeurs, loin de voir dans le « bracelet » – dont le port deviendrait alors inéluctable- une marque d’infamie, y verront un titre de gloire.

Voir aussi

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici