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Le défilé du 14 Juillet 2026, mise en scène soignée d’un projet totalitaire

Par François Martin

Le défilé du 14 Juillet 2026 qui se déroulera demain sera loin d’être uniquement, comme on le sait déjà, par son « tropisme » pro-ukrainien affirmé, un soutien à Zelensky et une provocation délibérée vis-à-vis de Poutine. Bien plus, c’est une mise en scène soignée, une partie d’une stratégie précise et déterminée pour, comme le dit Macron lui-même dans son discours de l’Ile Longue du 2 mars 2026, « diluer » la France dans « l’archipel » de la « souveraineté européenne » tout comme les SNLE se « diluent dans la mer profonde » au début de leurs missions.

« Une fête nationale » sous contrôle

Le 14 Juillet prochain, la France offrira aux français et au monde sa traditionnelle parade militaire, supposée glorifier son passé et ses forces armées. Ainsi, comme le dit le document de présentation officiel du Ministère des armées[1] : « Chaque année depuis 1880, les Français célèbrent leur fête nationale le 14 juillet. Symbole de l’unité du pays autour de valeurs communes et de l’histoire, elle prend traditionnellement la forme d’un grand défilé militaire. Ce défilé du 14 juillet 2026 est d’abord une parade des militaires, fiers de leur engagement au service de leur pays, suivie d’une démonstration capacitaire massive des forces armées et des forces de sécurité intérieure ».

Ceci, c’est l’enveloppe, la « coquille ». Mais ce qui est à l’intérieur, cette année, n’est pas conforme au « symbole de l’unité du pays autour de valeurs communes et de l’Histoire » …  En effet, comme le poursuit le document : « Le défilé du 14 juillet 2026 innove en proposant une approche pédagogique inédite visant à schématiser la réalité du champ de bataille moderne. Une interaction dynamique entre troupes au sol et appui aérien illustrera la complémentarité des composantes terrestre, navale et aérienne ». 

La coquille et son vrai contenu

Tiens tiens ? Le masque commence à tomber. Que se passe-t-il en réalité derrière cette « approche pédagogique inédite » à la Walt Disney ? Quel nouveau film « pédagogique » cherche-t-on à nous projeter ? 

Un peu plus loin dans le document, le pot aux roses apparaît : « Trente-cinq pays de la Coalition des Volontaires, initiative portée par la France et le Royaume-Uni visant à garantir une paix durable en Ukraine après la fin des hostilités, seront présents le 14 juillet. Cette large participation témoigne de l’engagement de la France, et de ses partenaires, au profit de la sécurité de l’Ukraine et du continent européen. Des délégations de l’OTAN et de l’Union européenne seront également présentes ».

Des « délégations », c’est-à-dire des troupes ? Ainsi, on n’est plus du tout dans une fête nationale, LA fête nationale, mais dans une construction politique, celle d’un message porté non pas par la France, mais par « la France et le Royaume-Uni » et les « trente-cinq pays de la Coalition des Volontaires » avec « des délégations de l’OTAN et de l’Union européenne » au service d’un projet externe, la « sécurité de l’Ukraine et du continent européen ». Dans ce nouveau projet, le jour même de la fête de la France, la France elle-même disparaît, au profit, en réalité, de l’Union européenne, puisqu’il s’agit de défendre l’Ukraine, contre la Russie qui menacerait possiblement, à terme, certains pays limitrophes de l’Union européenne, mais certainement pas la France !

Pourquoi donc ce tour de passe-passe, et en définitive ce mensonge ? Pourquoi choisir ce jour dédié en premier lieu à la France et aux français pour tenter de nous faire croire à un projet politique externe, qui ne concerne pas les français ? On trouve la clef de cette énigme en relisant le discours de l’Ile Longue d’Emmanuel Macron[2], prononcé le 2 Mars 2026 devant un parterre d’officiers sur cette base sous-marine bretonne dédiée aux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE).   

Le discours de l’île Longue : naissance d’un concept

Tout d’abord, Emmanuel Macron, après avoir appelé l’Ile Longue une « cathédrale de notre souveraineté », expression extraordinairement ambiguë, exalte le travail de ses prédécesseurs[3] : « Tout cela, nous le devons à l’engagement continu de mes prédécesseurs, de nos armées, depuis le premier essai nucléaire français en 1960, la première alerte opérationnelle des forces aériennes stratégiques en 1964, la première pierre posée ici même, à l’Île longue, en 1965, et encore la première patrouille du SNLE, Le Redoutable, en janvier 1972 ».  

Puis, après avoir affirmé que « notre dissuasion est robuste et efficace. Tous ceux qui auraient l’audace de vouloir s’en prendre à la France savent le prix insoutenable qu’il y aurait pour eux, à payer », il survalorise la menace extérieure en remarquant que « Depuis lors, les choses ont changé. Les six années écoulées pour la France et pour l’Europe pèsent comme des décennies. Et les derniers mois comme des années. Nos concurrents ont évolué, nos partenaires aussi. Le monde se durcit et les dernières heures l’ont encore démontré ».

Malgré qu’il ait dit que notre dissuasion était « robuste et efficace », cela permet à Emmanuel Macron d’introduire un concept nouveau, celui de « dissuasion avancée » : « C’est donc avec beaucoup de gravité que je viens aujourd’hui annoncer à la Nation une évolution à la hauteur de nos défis nationaux et européens. Nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire face à la combinaison des menaces et nous devons penser notre stratégie de dissuasion dans la profondeur du continent européen, dans le plein respect de notre souveraineté, avec la mise en place progressive de ce que j’appellerai une dissuasion avancée ».    

La justification ? La Russie, qu’il diabolise du mieux qu’il le peut : « Oui, nous vivons actuellement, au plan géopolitique, une période de rupture, pleine de risques, et nos compatriotes en ont pleinement conscience. Cette période justifie un durcissement de notre modèle. La Russie mène à l’Ukraine voisine une guerre lente et cruelle qui constitue, comme l’a identifié notre revue nationale stratégique, un risque majeur pour notre Europe. Cette même Russie assume un révisionnisme, un impérialisme brutal et, déjà forte d’un arsenal nucléaire pléthorique, ne cesse de développer de nouvelles armes. Des missiles nucléaires hypersoniques, d’autres à propulsion nucléaire censés voler sans limite, des torpilles nucléaires, et même un projet particulièrement dangereux pour l’humanité, d’armes nucléaires envoyées dans l’espace ». 

Comment, se demandera-t-on, face à un tel « ogre », adapter notre dissuasion ? En effet, soit elle est « robuste et efficace » face à tout adversaire, soit elle ne l’est pas, et ce n’est plus une dissuasion. Ce nouveau concept apparaît donc comme assez « foireux », ainsi que le raisonnement…. Mais qu’est-ce donc que cette « dissuasion avancée » ? 

D’abord, il y a le concept, tout aussi peu clair, d’« épaulement » :

« Dans le même temps, les puissances nucléaires comme la France doivent aussi s’accoutumer à la possibilité de conflits majeurs sous le seuil nucléaire dans leur environnement immédiat…. L’Europe pourrait un jour se trouver dans une position similaire. Pour gérer ce genre de situation avant qu’elle ne franchisse le seuil nucléaire, il faut des capacités spécifiques. L’alerte avancée pour détecter les menaces, la défense aérienne élargie pour s’en prémunir, la frappe dans la profondeur pour contrer et agir au plan offensif. C’est tout cela qu’on appelle l’épaulement. Pour être forts dans notre dissuasion nucléaire, nous devons être forts dans nos capacités conventionnelles dans toutes leurs dimensions. C’est bien sur ces deux piliers que se fonde notre défense et j’en ai souligné l’importance dès 2020. Mais les dernières années ont bien montré le manque criant de capacités d’épaulement en Europe. Et cette situation n’est pas tenable. Et vous verrez qu’elle occupe une place importante dans mon raisonnement ». 

Puis il élargit le propos à l’Europe :

« Mais pour être puissant, il faut être plus uni. Et c’est d’Europe que je vais vous parler à présent. Notre sécurité ne s’est jamais conçue dans les seules limites de notre territoire, au plan conventionnel comme au plan nucléaire. C’est un fait évident de la géographie qui est là et qu’on ne peut négocier. J’ajouterai d’ailleurs, aujourd’hui plus que jamais : l’indépendance ne peut être la solitude. Dans le domaine nucléaire, cela a été reconnu par tous mes prédécesseurs sans distinction. Mais aujourd’hui, les conditions sont désormais véritablement réunies pour en tirer les conséquences concrètes ». Ceci, on le remarquera, est en contradiction totale avec la doctrine nucléaire qui vise, on ne le sait que trop, à « sanctifier » le territoire national, et uniquement celui-ci. Que vient donc faire l’Europe dans cette affaire ? 

Mais Emmanuel Macron insiste, en considérant une possible ambiguïté de la notion d’« intérêts vitaux » de la nation, qu’il n’hésite pas à élargir à l’Europe :

« Permettez-moi de m’attarder un instant sur un élément central de notre doctrine nucléaire, les intérêts vitaux de la Nation. La dissuasion nucléaire française a vocation à dissuader tout État de s’en prendre à nos intérêts vitaux. Quels sont-ils ?  Nous ne les avons jamais énoncés précisément, à dessein. Nos lignes rouges ne sont pas lisibles. Elles ne sauraient l’être. À coup sûr, pourtant, nos intérêts, s’ils couvrent le territoire hexagonal et ultramarin, ne peuvent se confondre avec le seul tracé de nos frontières nationales. Peut-on envisager que la survie de nos partenaires les plus proches soit mise en jeu sans que cela affecte nos intérêts vitaux ? Ou à l’inverse, qu’une menace extrême en Europe ne concerne que nous-mêmes ? ».  

Vendre la souveraineté nucléaire française

Donc, tout en affirmant que les intérêts vitaux sont, à dessein, ambigus, on professe dans le même temps qu’ils incluent l’Europe. Ils ne sont donc plus ambigus… En réalité, le « tour de passe-passe » de la France à l’Europe est joué, et visiblement, aucun des officiers qui écoutent le président ne semble sauter au plafond….

Ne reste plus, après avoir tenté de rassurer ses interlocuteurs, qu’à expliciter les aspects concrets de cette « dissuasion avancée ». Elle vise donc, indéniablement, à partager, ni plus, ni moins, et même s’il ne s’agit que de la partie conventionnelle du nucléaire, notre dissuasion : 

« La France assumera donc toujours seule, en intégrant à sa réflexion les intérêts de nos alliés, le franchissement délibéré du seuil nucléaire. La dissuasion avancée est une démarche progressive. Elle offre la possibilité pour les partenaires de participer aux exercices de la dissuasion, tout d’abord. Cela pourra impliquer également du signalement, y compris au-delà de nos frontières strictes ou la participation conventionnelle de forces alliées à nos activités nucléaires. Elle pourra enfin prévoir le déploiement de circonstances, d’éléments de forces stratégiques chez nos alliés ». 

Comment assurer l’indépendance d’un processus sans en maîtriser entièrement tous les aspects ? Tout ceci est d’une gravité exceptionnelle. Il s’agit ni plus ni moins que du reniement complet de notre doctrine nucléaire nationale, à l’inverse de tout ce qui a été fait jusqu’ici.

Puis vient l’explication finale, qui donne la clef de l’ensemble :

« De la même façon que nos sous-marins stratégiques se diluent naturellement dans les océans, garantissant une capacité permanente de frappe, nos forces aériennes stratégiques pourront ainsi se disséminer dans la profondeur du continent européen. Cette dispersion sur le territoire européen, à la manière d’un archipel de forces, compliquera le calcul de nos adversaires et donnera à cette dissuasion avancée beaucoup de valeur pour nous. Elle renforcera notre défense en lui accordant du champ et lui offrira une profondeur stratégique nouvelle, cohérente des enjeux de sécurité en Europe. Sa valeur sera, je le crois, très forte aussi pour les partenaires qui entreront dans cette logique avec nous, et dont le territoire gagnera un lien affirmé avec notre dissuasion ».

La chose est donc claire : sous couvert de patriotisme, ce dont il s’agit, dans cette « nouvelle doctrine » nucléaire, c’est de « vendre » notre trésor à nos « partenaires » européens. 

C’est exactement la même philosophie, et la même méthode, qui apparaissent dans la cérémonie du 14 Juillet 2026, « pédagogique » et « d’un nouveau genre » : derrière la glorification de la nation, sous le prétexte du « péril russe » exacerbé, c’est la « dilution de la nation » dans « l’archipel européen » dont il est question, au profit d’une nouvelle « souveraineté européenne[4] », inventée pour l’occasion. 

Qu’a fait l’armée, que fait-elle, que faisons-nous tous ? Pourquoi ne nous levons-nous pas en masse contre ce projet de « liquidation » de la France, que l’on peut légitimement qualifier de sataniste ? C’est l’un des grands mystères de notre temps !


[1]   Défilé du 14 juillet 2026 | Ministère des Armées et des Anciens combattants

[2]   Prononcé le 2 mars 2026 – Emmanuel Macron 02032026 Dissuasion nucléaire de la France | Vie publique

[3]   Mais, on le verra, c’est pour mieux les renier ensuite….

[4]   Autre concept extraordinairement ambigu employé par Emmanuel Macron dans son discours de l’Ile Longue et non défini. De cette « Europe souveraine », qui est le souverain ? Désigné par qui ?

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