Par Paul-Marie Coûteaux et Guillaume de Thieulloy
Q
uand vous recevrez ce numéro, nous aurons célébré Pâques et la résurrection du Christ. Cette grande fête, centrale dans le calendrier liturgique catholique – qui a lentement forgé notre rapport au temps et aux saisons –, nous offre une instructive analogie pour la situation de la France.
Notre dossier évoque en effet la souveraineté numérique. Or, comme tous les autres éléments de notre souveraineté, cette dernière a été méthodiquement détruite par des décennies de gouvernement catastrophique.
Bien des éléments stratégiques dans l’ère digitale ont été imaginés et bâtis par des Français – l’article d’ouverture de Thibault Perrin le montre à l’envi. Pourtant, nous vivons sous la domination digitale des Américains et des Chinois. Comme si la France n’avait jamais joué le moindre rôle dans le développement technologique qui a conduit à notre monde actuel.
Cette domination pourrait bien s’aggraver encore – notamment à la faveur du développement de l’intelligence artificielle et, plus généralement, de tout ce qui concerne la gestion du Big data. Notamment du fait de l’incompétence ou de la forfaiture de nos dirigeants.
On peine à croire qu’un dirigeant français a pu décider de détruire notre filière nucléaire – qui, pourtant, apporte un atout déterminant à notre pays en lui offrant une énergie stable et peu coûteuse. Pourtant, MM. Jospin, Hollande et Macron ont bel et bien mis à bas cette filière d’excellence pour complaire aux « escrologistes » dont les voix leur étaient nécessaires ? On peine à croire que l’on a bradé les données les plus confidentielles des Français (principalement celles de la Sécurité sociale concernant leur santé) ou que l’on envisage sérieusement de confier les données des administrations publiques à des sociétés américaines. Pourtant, là encore, c’est bel et bien la réalité cauchemardesque actuelle.
Le brillant bilan
du « Mozart de la finance »
Non seulement M. Macron a été incapable de « dégraisser le mammouth » qu’est devenu l’État-providence, mais il a détruit systématiquement les atouts de la France en matière d’innovation technologique (parfois de sa propre initiative, parfois en prolongeant les politiques ineptes de ses prédécesseurs, mais toujours en s’abandonnant au vent de l’opinion à la mode – « Être dans le vent, c’est l’ambition d’une feuille morte », disait avec humour le grand Gustave Thibon…).
L’idéal de la « start-up nation » était certes fort ambigu mais la volonté de faire volontairement de la nation que l’on prétend gouverner un pays sous-développé, en bradant tous ses atouts à l’étranger, voilà qui est encore plus fort !
Ajoutons que le « Mozart de la finance », qui nous avait promis de baisser les charges bureaucratiques et fiscales pesant sur les entreprises françaises pour leur permettre à nouveau d’innover, d’investir et d’embaucher, a réussi le tour de force de les aggraver – battant le record, pourtant difficilement égalable, de son mentor, François Hollande. Et nous constatons amèrement que les fonds publics ou privés manquent cruellement pour le développement de champions numériques français – les fonds publics puisqu’ils sont détournés par une funeste « préférence étrangère » et les fonds privés puisqu’ils sont asséchés par une fiscalité délirante.
Pourtant – et c’est là que l’analogie de Pâques trouve tout son sens –, la France conserve de puissants atouts dans cette bataille décisive pour notre indépendance au XXIe siècle.
Nous avons encore une filière nucléaire – malgré les trahisons politiciennes – et donc une énergie stable et peu coûteuse – « matière première » essentielle de l’industrie numérique. Nous disposons encore d’ingénieurs de premier plan – même si nos dirigeants semblent vouloir les envoyer tous à l’étranger où ils sont mille fois mieux traités que chez nous. Et l’intelligence est, elle aussi, l’une des « matières premières » les plus importantes de l’innovation technologique : pas d’intelligence artificielle (qui n’a évidemment d’intelligence que le nom) sans intelligence humaine…
Au vrai, la France pourrait aisément renaître de ses cendres et revenir au premier plan mondial – y compris en matière d’innovation technologique (ce qui aurait, par ailleurs, de puissants effets pour réindustrialiser notre malheureux pays qui en a bien besoin !). La seule condition – mais il est vrai qu’elle n’est pas mince –, c’est de se débarrasser de cette caste politique anti-nationale, asservie à une ploutocratie totalement ignorante du bien commun national.
Nous chantons à Pâques : « La mort et la vie ont engagé un stupéfiant combat ; l’Auteur de la vie était mort ; voici qu’il règne et vit ». Non la mort n’est pas nécessairement le dernier mot de l’histoire. Et, oui, nous croyons que notre beau pays peut, lui aussi, renaître – à condition d’affronter sans peur les germes de mort de cette caste politicienne agonisante…

