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Royauté sociale du Christ et laïcité

Recension du livre de Philippe Pellet Royauté sociale du Christ et laïcité. Relire Quas primas cent ans après (Éditions Saint-Léger, 2026)

Par l’abbé Jean Olivier Nke Ongono (Ludwig-Maximilians-Universität, Katholisch-Theologische Fakultät, München, Deutschland)

L’auteur aborde le thème de la royauté sociale du Christ, qui est, d’une certaine manière, doublement marginalisé. Il est non seulement marginalisé par la société postmoderne, laquelle, par ses institutions et l’organisation de la vie sociale, fait sciemment du religieux un fait marginal, le repoussant ou, mieux, lui donnant droit de cité uniquement dans la sphère privée, quand il n’est pas simplement éteint par la pression sociale ; il est également marginalisé par la pensée théologique, où il ne figure pas parmi les thèmes les plus abordés. Toute chose qui confère une valeur certaine à cet ouvrage, surtout dans le sillage du centenaire de Quas Primas. On pourrait donc considérer la Royauté sociale du Christ[…] comme une réponse à l’invitation du pape Jean-Paul II à l’Europe de redécouvrir ses origines chrétiennes, et dans ce cas, « christiques ». En le faisant, l’auteur a le mérite de faire redécouvrir au monde catholique, et à toute l’humanité, les fondements théologiques de la solennité du Christ Roi, mais aussi les contextes sociaux et de pensée qui ont inspiré et conduit à son institution par le pape Pie XI.

Il faut reconnaître à l’auteur le mérite de questionner les fondements mêmes de notre société, qui exclut l’Auteur de tout bien de la vie publique, sans donner de leçons ni adopter une approche moralisante ou prêchi-prêcha. Il le fait avec tact, en recensant des données et des événements non seulement d’un passé lointain ou récent, mais aussi contemporains. Cette approche donne du crédit à sa thèse et justifie ses propositions. Elle met en lumière la grande culture de l’auteur et le temps qu’il a investi dans la recherche d’informations justes et utiles à son projet (voir, à titre d’exemple, la référence pertinente et importante dans sa thèse à l’article de Charles Malik paru dans le Bulletin des Nations Unies en 1948, p. 53, au sujet des droits de l’homme). Dans ce sillage, l’auteur pose des questions essentielles qui dépassent le cadre de cet ouvrage et de la foi chrétienne, telles que la fraternité sans paternité ou l’exclusion de Dieu au profit d’un consensus humain. Ainsi, la Royauté sociale du Christ et laïcité ne s’adressent pas uniquement aux chrétiens, mais à tous les hommes et les interrogent sur le sens de leur être.

La Royauté sociale du Christ ne se contente pas d’inviter à la redécouverte d’une encyclique ou d’une vérité théologique, notamment la royauté du Christ, qui n’est pas un concept abstrait de la foi, mais qui s’incarne dans la royauté sociale du Christ dans notre contexte. L’auteur argumente de manière progressive, présentant d’abord les fondements bibliques de ladite royauté, puis ce qu’en dit le Catéchisme de l’Église catholique (CEC) (15-21). Cette méthode, que l’on pourrait qualifier de catéchétique, a le mérite de présenter la pensée de l’auteur non pas comme une simple intuition personnelle, mais comme un développement du magistère de l’Église. Cette méthode lui permet de rester dans la ligne de pensée et l’enseignement de l’Église, alors que de plus en plus de théologiens adoptent des positions qui ne sont pas toujours en droite ligne avec le magistère. Cet ouvrage, qui relate de manière détaillée et concrète les circonstances ayant conduit à l’instauration de la solennité du Christ Roi, remplit notamment une fonction catéchétique, sans que celle-ci soit sa finalité première. En effet, situer l’instauration de cette solennité dans les contextes socio-politiques et les questionnements théologiques qui l’ont accompagnée constitue une catéchèse et aide le lecteur contemporain à célébrer cette importante solennité, qui marque la fin de l’année liturgique, avec plus de dévotion ou, tout au moins, de compréhension (23-49).

Dans cette ligne de pensée, les nombreuses références et exemples d’événements historiques et d’actes formels évoqués par l’auteur alimentent son argumentation et « justifient » sa thèse. Ce recours fréquent à des données vérifiables évite toute accusation de subjectivité et donne du crédit à sa relecture de Quas Primas. Une référence particulière (64-65) témoigne de son objectivité scientifique lorsqu’il cite « La Déclaration des cardinaux de France du 17 septembre 1958, LDC n. 1287, 28 septembre 1958, col. 1267 », laquelle semble contredire la ligne de pensée jusque-là présentée ou défendue par l’auteur.  

Un point que l’auteur aurait pu aborder différemment est l’approche eurocentrique (voir par exemple la page 14). En effet, bien que le centenaire de Quas Primas constitue le point de départ du présent opus, la « carte » de l’Église catholique à travers le monde a beaucoup changé depuis, avec les Églises particulières du Sud Global de plus en plus importantes, tout au moins en nombre de baptisés, et jouissant d’une croissance assez importante. Ceci suggérerait, au début du deuxième quart du XXIe siècle, une approche et une analyse plus globales. L’approche de l’auteur est indubitablement légitime ; toutefois, nous pensons qu’une perspective plus large rendrait davantage justice à la réalité actuelle de l’Église et du monde. Des données concrètes du Sud Global inciteraient d’une certaine manière l’intérêt des lecteurs de ces régions.  

Au demeurant, la Royauté sociale du Christ pourrait bien servir de « livre de chevet » à tout fidèle désireux de connaître les fondements théologiques, les contextes socio-culturels et de pensée qui ont conduit à l’institution de la solennité du Christ Roi, avec laquelle se conclut chaque année liturgique. En effet, « avec le Concile Vatican II, la mission d’étendre le règne du Christ dans le monde revient désormais en priorité aux fidèles laïcs, appelés à agir au cœur des réalités temporelles sous la conduite de l’Esprit évangélique, comme le levain dans la pâte, pour distiller les principes chrétiens dans la société » (79). Cet ouvrage vaut la peine d’être lu, et son langage simple et direct y contribue. Il s’agit en définitive d’un récit de foi et d’un appel à tout chrétien de faire advenir le règne de Dieu.

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