Par Catherine Rouvier
Je ne sais plus laquelle des journalistes ou « sociologues » autoproclamées habituées des plateaux-télé a dit que les milliers de jeunes qui sont réunis périodiquement pour boire, manger et chanter, par l’association « le Canon Français » étaient des « fachos » .
Fachos car « français de souche ». Un béret, une chemise à carreaux, un kil de rouge… et le délit est constitué.
Mais « fachos », c’est encore trop gentil. Un journaliste « infiltré » dans l’un de ces banquets, a pris des photos de mains levées. Les canonniers sont donc des « nazis » L’agrandissement des clichés montre qu’il s’agit de trois personnes levant chacune les deux bras …Caramba, encore raté !
Mais il reste un qualificatif ignominieux qu’on peut aller chercher dans l’inépuisable liste des « phobies ». Et ce qualificatif le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz n’a pas hésité à le prononcer : islamophobes.
N’est-il pas le représentant des musulmans de France ? La lutte contre l’extrémisme ne fait- elle pas partie de ses missions ? L’extrémisme islamiste en principe… mais il a élargi son champ d’action et prétend lutter contre le nôtre puisqu’il appelle régulièrement à voter contre le RN. La dénonciation du Canon français n’est donc qu’un épisode de plus dans sa croisade. Selon lui, le Canon français est coupable de servir le plus souvent du cochon qui est « haram » et d’avoir ainsi voulu manifestement « discriminer les musulmans ».
Il faut nous arrêter un instant sur l’importance qu’a pris cette exigence halal en France au fil du temps.
Longtemps, les cartes de sacrificateur halal furent délivrées par les Préfets au cas par cas et « à titre dérogatoire », la norme restant en France l’abattage avec étourdissement préalable. Mais un arrêté du 15 décembre 1994 du ministre de l’Agriculture Jean Puech et du ministre de l’Intérieur Charles Pasqua fait du recteur de la Grande Mosquée de Paris le seul à délivrer aux sacrificateurs les cartes d’habilitation.[1]Elles seront délivrées systématiquement et renouvelées « par tacite reconduction ».[2]
Par un décret de 2011, devant la multiplication des abattages halal, Nicolas Sarkozy oblige les sacrificateurs à avoir l’autorisation de l’abattoir – c’est bien le moins – et à se soucier du « bien- être animal ». Vœu pieux car l’animal « doit être pleinement conscient au moment où il est égorgé et saigné … ». Mais on va faire comme si, et obliger les sacrificateurs à avoir avec eux un « responsable bien-être animal » qui va par exemple exiger «l’ immobilisation obligatoire », et « une technique d’égorgement efficace » décrite avec une précision glaçantes : « le sacrificateur doit disposer en permanence d’un couteau parfaitement affuté de 21 centimètres au moins, et pratiquer une saignée précise : section des vaisseaux principaux sans mutilations inutiles »… Depuis 2013 un reglement de l’Union européenne fixe même les épreuves de ce « certificat de protection animale » dont doit pouvoir justifier le sacrificateur.
Toutes ces exigences vont avoir pour résultat que, par mesure d’économie, pour ne pas avoir à financer deux modes d’exécution différent, tous les abattoirs se mettent peu à peu sans le dire au halal. Les abattoirs doivent tenir des listes d’enregistrements pour qu’on vérifie si les « abattages sans étourdissement » correspondent à des « commandes commerciales effectives ». Mais l’information reste dans les abattoirs. La clientèle n’est pas informée du fait que la viande est halal ou non, sauf dans les boucheries ou superettes qui s’affichent ou halal ou casher
Cela n’en fait pourtant pas une condition de la « liberté religieuse » des musulmans.
Il est totalement abusif que cette pratique, contraire à l’idée que se fait la France d’un abattage sain, sans les toxines générées par la souffrance de l’animal, et sans les risques sanitaires qui en résultent, soit considérée comme une « liberté religieuse » au sens de la loi de 1905. Il est vraisemblable que le rédacteur de la loi, en instaurant la « liberté religieuse » ne visait que la prière et les services religieux hebdomadaires et non une telle infraction à la loi dans le domaine essentiel de la chaine alimentaire.
C’est, de plus, un précédent dangereux. Car dans ce cas pourquoi ne pas considérer que la burqa ou l’abaya, le mariage des enfants prépubères, la polygamie, les membres coupés pour punir les voleurs, la lapidation de la femme adultère – autrement dit l’application de la charia – sont aussi des « libertés religieuses » ?
L’Angleterre a admis cette thèse, en a fait l’expérience… et tente de faire aujourd’hui marche arrière.
Il y a aussi derrière ce souci du halal des enjeux financiers. Les mosquées de Paris et, depuis 1996, celles d’Evry et de Lyon, perçoivent des redevances pour la délivrance des cartes et le « contrôle technique et théologique » qui l’accompagne.
De plus, depuis le 2 janvier 2023, la Grande mosquée de Paris a le monopole des autorisations, et donc de l’exportation des produits halal vers l’Algérie[3] et ce pour les 27 pays de l’Union européenne. L’enjeu financier est considérable et, de ce fait, après la plainte d’autres Etats membres – il sera sans doute jugé qu’il y a là une infraction à la concurrence dans le commerce avec un pays non européen.
Le rôle de l’Algérie dans cette affaire
A l’inauguration de la Grande Mosquée, en 1926, c’est le sultan du Maroc qui était présent, mais depuis 1956, fin du mandat français sur le Maroc, et surtout depuis la fin de la guerre d’Algérie en 1962, l’Algérie revendique sa main-mise sur la mosquée de Paris qu’elle subventionne et qu’elle considère comme « algérienne ».
Il n’est donc pas indifférent que l’actuel Recteur Chems-Eddine Hafiz soit aussi l’ancien avocat de l’Algérie dans le conflit du Sahara occidental.
Rappelons-nous que Boualem Sansal s’était prononcé lors d’une interview pour le média « Frontières » pour l’appartenance du Sahara occidental au Maroc, ce qui a été le motif principal de son incarcération en Algérie : « atteinte à la souveraineté de l’Etat ». Osons l’hypothèse que c’est peut-être la raison pour laquelle Macron, soucieux de rétablir de bonnes relations avec l’Algérie, n’a pas fait diligence pour sa libération… Tout le monde a dû néanmoins s’incliner devant les arguments du conseil de sécurité de l’ONU qui a finalement tranché: le Sahara occidental restera marocain.
Caressant l’espoir d’un rapprochement avec le président Tebboune, Emmanuel Macron avait tenu à fêter, en 2022, le centenaire de la pose de la première pierre de la mosquée avec le recteur Chems-Eddine Hafiz, et en avait profité pour annoncer que ce dernier serait décoré au grade d’Officier de la légion d’honneur le 14 juillet suivant.
Peut-être, des lors, le recteur a-t-il voulu être agréable à Emmanuel Macron en dénonçant le caractère « discriminatoire » des repas du « Canon français » attaché à offrir des repas marqués du sceau des traditions françaises : chansons, vin, et plats campagnards ou le cochon figure en bonne place ? [4]
Il faut protester contre ce faux procès…
Une participante régulière a ces banquets a témoigné que ce n’est pas toujours du cochon qui est servi.
D’autre part, Loïc Steffan, professeur d’économie entrepreneuriale à Albi, auteur d’un post sur LinkedIn intitulé #canonfrancais #nostalgie le souligne, il y a bien là une tradition française, « des domaines viticoles organisent chaque été des banquets de plusieurs centaines de convives autour d’un cochon à la broche, d’un agneau ou d’une pièce de bœuf ».
Dès lors ne sont-ce pas les musulmans qui s’excluent eux-mêmes par leurs pratiques religieuses de ce type de réjouissances ancestrales françaises et non les Francais qui auraient inventé ce genre de manifestation pour les exclure ?
Pour le recteur de la Grande Mosquée de Paris, pourtant, ll y a atteinte a la « laïcité » qui permet a toutes les religions d’être pratiquées.
Respecter la laïcité serait donc interdire en France ce qu’interdit l’Islam ?
C’est pour le moins contradictoire, car la laïcité « à la française » de la loi de 1905 vise d’abord et avant tout à ne plus soumettre la société toute entière à des impératifs religieux.
Etre dans un Etat laïc ne peut s’entendre comme y interdire tout ce que les religions présentes sur notre sol interdisent !
Pourtant le Recteur considère qu’une association privée offrant des repas au public doit respecter les interdits alimentaires de l’islam. La contestation par les musulmans de l’interdiction de la burqa ou de prières de rue vient du même raisonnement. Il y a là une interprétation très tendancieuse du principe de « laïcité ».
Le principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat, conçu par la loi de 1905 pour enlever au catholicisme son statut de religion d’Etat de la France, a une ambition modeste concernant les autres religions : permettre à chacun de leurs adeptes d’exercer sa religion. Juridiquement, cela signifie que le but du texte est d’empêcher l’Etat d’interdire l’’exercice privé d’une religion ou de la soumettre à des conditions inacceptables.
Nous ne sommes nullement dans ce cas avec l’islam. Mais il est important de savoir que, même si nous interdisions ce mode cruel d’abattage qui n’est justifié que par des croyances d’un autre temps, l’une sur l’identité entre le sang et la mort, et l’autre sur l’identité entre un animal assommé et un animal mort, nous ne serions pas coupables.
En effet, la CEDH elle-même a reconnu que cette interdiction du halal ne viole pas la liberté de religion, car elle est « proportionnée » dans la mesure où les croyants peuvent importer de la viande conforme à leurs impératifs alimentaires religieux. Car ce n’est pas une interdiction d’en consommer, mais uniquement de l’abattre « sans étourdissement » sur le territoire national.
C’est ainsi que la Wallonie, la Flandre, le Danemark, la Norvège L’Islande, la Suède, la Slovénie, la Suisse, ont pu interdire ces pratiques rituelles sans se faire sanctionner
Une tentative d’accroître encore la place de l’islam
Le 13 juillet 1926, deux jours avant l’achèvement des travaux de la Grande Mosquée , Charles Maurras exprime dans L’Action Française ses réserves quant à l’édification de la mosquée, en dépit de ses bonnes relations avec Augustin Eugène Berque, superviseur du projet.« Cette mosquée en plein Paris ne me dit rien de bon. Il n’y a peut-être pas de réveil de l’Islam, auquel cas tout ce que je dis ne tient pas et tout ce que l’on fait se trouve aussi être la plus vaine des choses. Mais, s’il y a un réveil de l’Islam, et je ne crois pas que l’on en puisse douter, un trophée de cette foi coranique sur cette colline Sainte-Geneviève où enseignèrent tous les plus grands docteurs de la chrétienté anti-islamique représente plus qu’une offense à notre passé : une menace pour notre avenir. […] Qui colonise désormais ? Qui est colonisé ? Eux ou nous ?»
Comme pour confirmer ses craintes, le 9 juin 2021, l’adresse de l’entrée principale de l’édifice 2 Place du puits de l’ermite est renommée 2 parvis AbdelKader Mesli par délibération de la mairie de Paris.
Mais cette empreinte doit avoir une limite : celle de ne pas porter atteinte a nos traditions sous un prétexte victimaire injuste d’exclusion.
Les musulmans en France, on l’a vu, sont privilégiés. Dans l’état actuel du droit français, ils peuvent, sans l’acheter à l’étranger, avoir de la viande « halal ».
Et, comme le fait remarquer Loic Steffan, « ceux qui dénoncent l’opération – canon français – offrent quoi à la même demande de communion festive enracinée ? »
Toute communauté, y compris musulmane, qui le désire, peut louer en France une salle pour un festin où sa gastronomie sera mise en valeur conformément à ses coutumes.
Certes, comme, dans la version la plus conforme aux interdits coraniques, ces repas ne comprendraient ni chansons (la musique, c’est haram!) ni vin, ni cochon, ils n’attireront pas forcément les milliers d’adeptes du Canon français. Mais ceux-ci ne crieront sans doute pas à la discrimination…
[1] Balladur, Premier ministre, voulait organiser le culte musulman en France pour lutter contre l’islam sauvage ou financé par l’étranger notamment le Qatar ou l’Arabie saoudite.
[2] L’arrêté prévoir tout de même une « communication au Préfet »…
[3] Il y a donc une surproduction de halal en France et on peut se demander pourquoi l’Algérie où cet abattage doit être le seul pratiqué ne pourrait pas procéder à l’abattage elle-même …
[4] Comme l’écrit Loic Steffan professeur d’économie à Albi, dans un post récet sur Linkedin #canonfrancais #nostalgie « une tradition du tue-cochon qui structure le calendrier paysan depuis le Moyen Âge.(…) Trois ou quatre générations après l’exode rural, la France compte des dizaines de millions d’urbains qui n’ont plus de campagne d’origine, plus de patois à parler, plus de fête de village héritée, plus de sociabilité paysanne incorporée.(…) Quand ils se déplacent pour un banquet de cochon à la broche, ils ne revendiquent pas une supériorité sur quiconque, ils achètent un fragment d’enracinement qu’ils n’ont pas hérité. »

