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Fin de vie : sortir du simulacre pour préserver l’honneur du soin

Par Maroun  Badr , Francis Jubert et Guillaume de Thieulloy 

​Le rejet du volet « aide à mourir » par le Sénat n’est pas un simple aléa parlementaire. C’est le moment de vérité d’un texte dont la cohérence n’était qu’un paravent. 

Il appartient désormais au Gouvernement de reconnaître que le parcours législatif a atteint son terme naturel et d’acter le caractère caduc d’un projet qui menace l’essence même du soin.

​La fin d’une manœuvre de circonstance

L’architecture de ce projet de loi reposait sur une stratégie politique manifeste : lier le développement des soins palliatifs à l’instauration de l’« aide à mourir ». 

En associant l’unanimité entourant l’accompagnement de la souffrance à la discorde suscitée par l’euthanasie et le suicide assisté, l’Exécutif espérait une adoption du projet de loi par entraînement.

​Ce stratagème est désormais caduc. Le texte sur les soins palliatifs ayant été voté conforme par les deux assemblées en troisième lecture, la volonté générale s’est exprimée là où elle était souveraine et unie. 

Persister dans l’examen de l’« aide à mourir » ne relèverait plus de la vie démocratique, mais d’un acharnement idéologique injustifié.

​L’émergence des « euthanasieurs » : un péril pour le corps médical

Au-delà de la procédure, le maintien de ce texte placerait l’État face à une impasse déontologique sans précédent. Instaurer une « aide à mourir », c’est exiger la création d’une catégorie inédite de praticiens : des euthanasieurs. 

Qui seront ces médecins formés non plus pour soulager la souffrance, mais pour prescrire et administrer la mort par injection de substances à dose létale ? 

Le risque est immense de voir s’instaurer une médecine à deux vitesses. D’un côté, une médecine noble fidèle au serment d’Hippocrate ; de l’autre, une fonction technique d’exécution.

Le cynisme de cette réforme pourrait atteindre son paroxysme dans le choix des exécutants. Il est à craindre que les PADU (Praticiens à Diplôme Hors Union Européenne), dont la situation statutaire est souvent précaire au sein de nos hôpitaux, ne deviennent la variable d’ajustement de cette nouvelle mission publique. 

Faire de ces praticiens les « euthanasieurs » de service, sous prétexte qu’ils occupent les postes les plus exposés et les moins protégés, constituerait une faute morale majeure et une discrimination inacceptable qui viendrait fracturer durablement le corps médical. 

En instaurant une hiérarchie entre ceux qui soignent et ceux qui provoquent la mort, le législateur brise l’unité de la communauté soignante et porte atteinte à l’égale dignité de tous les praticiens.

​L’heure de la clarté politique

Le Gouvernement a aujourd’hui l’opportunité de clore ce chapitre par le haut. En actant que la « voie française » s’est définitivement cristallisée autour du renforcement des soins palliatifs, il préserve l’unité nationale et l’honneur de la profession médicale.

​La mission législative est accomplie là où elle était nécessaire. Pour le reste, la dignité de notre démocratie commande de renoncer à transformer l’acte de donner la mort en une simple procédure administrative déléguée aux plus fragiles de nos soignants.

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