Recension du livre de François Gervais: Climat, le débat interdit, L’Artilleur, 137 pages.
Par Guillaume de Thieulloy
Notre époque supporte de moins en moins la contradiction – au moins sur certains sujets. Le climat est assurément l’un de ces sujets tabous. Quiconque s’avise de discuter les conclusions les plus alarmistes, de questionner les modèles ou de contester les politiques de transition énergétique est rapidement suspecté de complaisance envers les intérêts pétroliers, voire d’hostilité à la science elle-même. C’est précisément cette étrange situation que dénonce François Gervais dans son dernier ouvrage, Climat, le débat interdit.
Ancien directeur de recherches au CNRS, professeur des universités et « expert-reviewer » des rapports du GIEC, le physicien n’est certes pas un observateur ignorant des questions qu’il aborde. Son ambition est de revenir aux chiffres, aux observations et aux raisonnements physiques, plutôt que de se soumettre à un discours devenu presque obligatoire. Les modèles climatiques établis depuis plusieurs décennies ont-ils correctement anticipé l’évolution des températures ? Quelle serait l’efficacité réelle d’une politique de neutralité carbone ? Quelle place faut-il accorder au CO2, à la vapeur d’eau, aux nuages ou encore aux variations naturelles du climat ? Autant de questions que Gervais entend remettre sur la table.
On pourra discuter certaines de ses conclusions. Et il serait évidemment absurde de prétendre que le réchauffement climatique n’existe pas ou que les émissions humaines de gaz à effet de serre sont dépourvues d’influence. Mais c’est justement là que réside l’intérêt du livre : rappeler qu’une question scientifique ne se règle ni par des anathèmes ni par des campagnes de culpabilisation. La science progresse par la confrontation des hypothèses, la vérification des données et la possibilité de réfuter les conclusions établies. Si une théorie est solide, elle n’a nul besoin d’être protégée contre la discussion.
Le problème dépasse d’ailleurs largement les querelles entre climatologues. Car derrière le discours climatique se déploie une politique économique considérable. La décarbonation accélérée de nos sociétés suppose des investissements colossaux, une transformation profonde de l’industrie, des contraintes nouvelles pour les ménages et une dépendance accrue à des technologies et à des matières premières dont nous ne maîtrisons pas toujours les approvisionnements. Dans le même temps, l’Europe fragilise parfois ses propres capacités industrielles en poursuivant des objectifs dont le coût et l’efficacité mériteraient un examen beaucoup plus rigoureux.
La question énergétique est pourtant une question de civilisation. Une société moderne a besoin d’une énergie abondante, accessible et fiable. On ne gouverne pas un pays avec des slogans, pas davantage qu’on ne fait tourner une industrie avec des incantations écologiques. La sécurité énergétique, la compétitivité et le pouvoir d’achat devraient être au cœur de toute politique climatique sérieuse.
Le mérite de François Gervais est donc de rappeler une évidence devenue presque subversive : le doute n’est pas l’ennemi de la science, il en est le moteur. Et la démocratie ne saurait davantage se satisfaire d’un débat confisqué par des experts autoproclamés ou des militants persuadés de détenir la vérité.On ne demande pas aux citoyens de nier les transformations du climat. On leur demande simplement de ne pas renoncer à leur droit de discuter les moyens d’y répondre. Car lorsqu’une politique engage l’avenir économique, énergétique et industriel d’un pays, le débat n’est pas un luxe : c’est une nécessité démocratique.

