Par Francis Jubert
C’est désormais un fait accompli. Hier, mercredi 20 mai 2026, Claire Thoury a été élue à la présidence du Conseil économique, social et environnemental (CESE), l’emportant par 97 voix contre 74 face à Dominique Carlac’h. La presse des affaires et les cercles progressistes saluent à l’envi une « première historique » : à 37 ans, cette sociologue devient la première femme à s’installer au plateau d’Iéna.
Pourtant, derrière le storytelling lénifiant de la « jeunesse », du « renouveau » et du rempart contre le « trumpisme ambiant » – formule qu’elle agitait encore sur BFM TV en avril –, se cache une réalité beaucoup plus sombre pour les défenseurs de la démocratie réelle.
Récemment, la journaliste Eugénie Bastié résumait sur Europe 1 le sentiment d’un nombre croissant de contribuables : « Le CESE coûte 34 millions par an au contribuable. Non seulement il ne sert à rien mais il est idéologiquement orienté. Supprimons-le. »
Loin d’être supprimé, le CESE vient de se donner pour chef l’architecte d’une redoutable ingénierie du consentement. L’élection de Claire Thoury n’est pas une victoire de la société civile ; c’est le hold-up d’une oligarchie associative et syndicale sur la troisième assemblée de la République.
Le cartel des corps intermédiaires déconnectés
Pour hisser Claire Thoury à la présidence, la machinerie des réseaux de gauche a tourné à plein régime. Il suffit de regarder la liste de ses soutiens pour comprendre que le CESE n’est plus une chambre de neutralité consultative.
La candidate a bénéficié d’un appel commun inédit des syndicats les plus politisés : la CGT, la CFDT, FO, l’UNSA et la FSU se sont alliées au monde associatif pour lui garantir la victoire. À ce cartel s’est jointe la galaxie de la gauche managériale et de l’« économie sociale et solidaire » (Impact France, la Maif, la Mutualité française).
On l’accusait d’être la candidate de Laurent Berger, l’ancien patron de la CFDT ? Sa victoire est celle d’un bloc idéologique homogène, qui refuse de voir le pays basculer du côté des permanences historiques et de l’enracinement.
Claire Thoury, pur produit du militantisme subventionné (ancienne déléguée d’Animafac, présidente du Mouvement associatif qui revendique coiffer 700 000 structures), utilise les associations non pas comme des vecteurs de solidarité locale ou de charité chrétienne, mais comme les bras armés d’une transformation sociétale permanente.
Derrière le masque du « débat apaisé » : la criminalisation de la dissidence
Mais c’est en se penchant sur ses interventions doctrinales que le fond de sa pensée se révèle, loin des sourires de façade. Lors d’une table ronde pour la revue Le Grand Continent consacrée au « complotisme Covid au cœur des mouvements antidémocratiques », Claire Thoury a dévoilé ses véritables arrière-pensées.
Pour la nouvelle présidente du CESE, toute contestation des récits officiels – qu’il s’agisse de la gestion sanitaire ou des dérives de l’État techno-médical – n’est pas une opinion politique légitime, mais une pathologie mentale ou une menace « antidémocratique ».
Ce positionnement révèle le grand paradoxe – pour ne pas dire l’imposture – de son logiciel intellectuel. D’un côté, elle vante une démocratie « continue », « ouverte » et « inclusive » ; de l’autre, elle théorise la disqualification morale et psychiatrique de quiconque refuse le consensus technocratique.
Pour Claire Thoury, le peuple n’est bon à être consulté que si ses conclusions sont préalablement certifiées conformes par les élites académiques. Le « complotisme » devient l’anathème commode pour exclure du champ de la respectabilité les sceptiques, les dissidents et les conservateurs. La « participation » qu’elle promeut n’est pas une libération de la parole, mais une entreprise de rééducation civique.
La fabrication du consensus : une démocratie sous-traitée
Cette grille de lecture totalisante éclaire d’un jour nouveau la mécanique de son grand œuvre : la Convention citoyenne sur la fin de vie (2022-2023), dont elle a dirigé le comité de gouvernance. Cet épisode a dévoilé une méthode d’effacement du politique. Le CESE ne produit plus sa propre réflexion : il en externalise la logistique et l’idéologie à des officines privées d’affaires publiques, à l’instar d’Eurogroup Consulting et de Missions Publiques (dirigé par Yves Mathieu).
Le procédé est d’une efficacité clinique. On pose une question en apparence ouverte, mais le dispositif d’information et d’animation des citoyens tirés au sort est entièrement délégué à ces cabinets privés. Ce sont ces prestataires qui sélectionnent les experts auditionnés, cadrent le lexique autorisé et rythment les ateliers de groupe.
Sous couvert de neutralité pédagogique, les « conventionnels » subissent un conditionnement intellectuel, conçu pour neutraliser les réticences éthiques et les réflexes traditionnels. Claire Thoury a piloté la livraison d’une commande publique de l’exécutif, visant à légitimer le projet d’aide active à mourir en lui donnant un faux vernis populaire.
Dans les colonnes du Figaro, Paul Sugy et Agnès Leclair avaient pourtant documenté le profond « malaise et les soupçons d’instrumentalisation » qui saturaient les sessions. Des observateurs de haut niveau, comme le professeur d’éthique médicale Emmanuel Hirsch, ont immédiatement dénoncé ce glissement dangereux où l’éthique de la vulnérabilité s’effaçait devant une pure logique managériale.
Le masque est définitivement tombé en janvier 2025 avec la réponse cinglante d’un membre de cette même Convention citoyenne, révélant dans Le Figaro Vox comment le pluralisme avait été étouffé de l’intérieur et comment les conclusions avaient été pré-orientées par la gouvernance Thoury. Les « cobayes » de la démocratie participative ont fini par se retourner contre leur ingénieur.
Le choc des deux Claire : l’ingénierie face au réel du soin
Pour mesurer la fracture morale que représente cette élection, il faut opposer le profil de la nouvelle présidente à celui d’une autre figure majeure de notre époque : le Docteur Claire Fourcade, ancienne présidente de la SFAP (Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs).
Ce duel de figures incarne deux visions irréconciliables de la civilisation :
- Claire Thoury est la technocrate de salon. Elle tire sa légitimité de la cooptation au sein de l’oligarchie associative et des salons parisiens. Son projet consiste à dissoudre les structures éthiques au nom d’un progressisme abstrait, en s’appuyant sur des outils de management privé payés par le contribuable et en traquant les « dérives » de ceux qui pensent mal.
- Le Dr Claire Fourcade est la femme du réel. Adossée à l’expérience quotidienne de la souffrance et de l’agonie, elle porte la voix de 800 000 professionnels de santé. Ces soignants rappellent une vérité anthropologique intangible : la mission de la médecine est de soulager la vulnérabilité (dans le sillage de la loi Claeys-Leonetti) et non de programmer la mort.
D’un côté, une habileté manœuvrière qui déconstruit le corps social depuis le plateau d’Iéna ; de l’autre, l’éthique du terrain et la fidélité au serment d’Hippocrate.
2026-2031 : L’avènement de la démocratie de façade
Face aux critiques sur l’inutilité du CESE (qui se targue fièrement de « 140 avis » et « 60 000 citoyens consultés » pour un impact politique quasi nul), Claire Thoury annonce une « transformation ». Son programme ? Multiplier les commissions temporaires, créer des vice-présidences thématiques pour s’immiscer dans la programmation et la prospective du pays, et « produire des formats plus courts et percutants ». En clair : industrialiser la communication, saturer l’espace médiatique et faire du CESE une agence d’influence sociétale permanente.
L’objectif à peine voilé est d’institutionnaliser le modèle des conventions citoyennes externalisées pour court-circuiter définitivement le Parlement. Chaque sujet de société majeur (famille, bioéthique, éducation) pourra désormais être confisqué aux élus du peuple, traité en sous-main par des cabinets de conseil complaisants, et validé par un échantillon de citoyens préalablement mis sous influence. Ceux qui rueront dans les brancards seront commodément renvoyés à leurs « dérives illibérales » ou à leur « complotisme ».
Face à cette assemblée fantôme et parasite sans légitimité électorale, la seule alternative réside dans le retour au peuple souverain. Comme le suggérait Eugénie Bastié, la vraie démocratie passe par de vrais mécanismes directs, notamment l’élargissement du référendum d’initiative populaire (RIP), qui redonne la parole aux Français sans filtre technocratique.
L’élection de Claire Thoury est un avertissement dramatique : c’est l’installation officielle, à la tête de la troisième assemblée de la République, d’une ingénierie sociale qui travaille méthodiquement à la dissolution de nos repères les plus sacrés, sous couvert de nous protéger des « complots ».

