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Guillaume Peltier, le courage et la prudence

Propos recueillis par Francis Jubert

Thumos & Phronesis : ardeur, cœur, volonté et courage; patience et habileté, d’abord ; mais aussi prudence, habileté et patience : deux vertus aussi cardinales que difficiles à traduire que les Grecs anciens exigeaient de leurs généraux, et que l’on trouve intactes chez Guillaume Peltier. Bien qu’il soit encore jeune (il est né en août 1976), Peltier a déjà un long parcours politique, qui l’a mené du Front National, où il adhéra à 20 ans, au récent parti créé par Eric Zemmour, Reconquête, dont il est le Premier Vice-président, – en passant par une collaboration complice et confiante avec Philippe de Villiers en tant que secrétaire général du MPF, dont il fut l’animateur de 2001 à 2009, puis, Philippe de Villiers mettant alors son parti « en veilleuse », par l’UMP, ce qui lui permit d’être élu, dans sa chère Sologne, maire de Neung-sur-Beuvron, président de la Communauté de communes de « la Sologne des étangs », puis conseiller départemental du canton de Chambord, enfin député du Loir-etCher. Des esprits superficiels ont parlé de «sinuosité», ce qui est méconnaître bien des choses : d’abord une grande constance de vues, dont on aura une idée nette dans l’entretien qui suit, mais également de conception stratégique, le permanent souci d’unifier les droites ; méconnaitre aussi que, à l’UMP, Guillaume Peltier eut une influence précieuse, notamment lorsqu’il fonda, avec Thierry Mariani, « la droite populaire » puis « la droite forte », courant de l’UMP dont la motion arriva en tête au congrès de 2012 ; de même, devenu numéro 2 de LR, Peltier permettra-t-il à Eric Ciotti d’arriver en tête lors du congrès de décembre 2021, ce qui le conduisit à refuser de soutenir Valérie Pécresse, instillant ainsi parmi les LR une ligne de fracture annonciatrice d’autres… C’est oublier enfin que, Philippe de Villiers se retirant de la politique active en 2009, l’UMP de devenir aussi un « homme de terrain », d’être élu, et finalement de mettre en jeu son siège parlementaire, fait très rare, en rejoignant un candidat plus proche de ses convictions que de son parti. De quoi ridiculiser ses accusateurs, sa constance étant au contraire remarquable, comme on le verra également dans nos « Conversations du Nouveau Conservateur » que diffuse actuellement TVLibertés. Se découvre ainsi peu à peu une personnalité plus constante et plus profonde qu’on ne l’a cru, qui jouera un rôle de premier plan dans la recomposition de la droite nationale, et dans l’avenir de la France. C’est en tous les cas le souhait de toute notre équipe, notamment de Francis Jubert qui le connaît de longue date et l’a rencontré pour nous, au sujet de son dernier livre.

Pourquoi avoir choisi ce titre, Milieu de Cordée ?

S’il s’était agi d’écrire un livre de passage ou de prétexte comme nombre d’hommes politiques, je ne l’aurais pas fait. J’ai pris ma plume, chaque soir, pendant six mois pour accoucher d’un livre authentique, venu des profondeurs de mon âme de Français patriote. « Milieu de cordée », c’est un joli résumé de mon histoire : je ne suis pas un homme politique comme les autres, je n’ai pas fait l’ENA, je ne suis pas haut-fonctionnaire, je n’ai jamais été ministre. Je viens des classes moyennes et je veux porter la parole de ceux qui ne l’ont jamais. De ces 70 % de Français toujours trop riches pour être aidés, toujours trop pauvres pour être aisés, de cette immense majorité silencieuse qui subit la tyrannie des minorités. Mon double objectif était d’expliquer vingt années d’engagement politique mais aussi de poser les fondations idéologiques et stratégiques de l’avenir de la droite. Comment contraindre la droite à penser à nouveau par elle-même et à cesser de se soumettre au magistère moral de la gauche. J’ai donc d’abord voulu revenir sur mon parcours : j’ai tant appris en vingt ans d’action civique et électorale auprès de Philippe de Villiers dont j’ai été le bras droit pendant sept ans, de Nicolas Sarkozy dont j’ai été le porte-parole, de Laurent Wauquiez et des Républicains dont j’ai été le vice-président et le numéro 2. J’ai grandi dans les défaites et les erreurs, j’ai mûri également dans les victoires : depuis presque dix ans, j’ai l’honneur de voir mes idées légitimées par le suffrage universel, en étant élu maire de la République d’abord, puis président de communauté de communes, chez moi en Sologne, puis conseiller régional, puis aujourd’hui député de la Nation et conseiller départemental de Chambord. Ma boussole depuis toujours, c’est la droite et toute la droite avec comme colonne vertébrale la force des convictions et la volonté de conquérir le pouvoir.

D’où vous vient cette passion inconditionnelle pour la politique, ce mot, dites- vous, que « vous avez rencontré il y a maintenant plus de trente ans » ?

Vous avez raison, j’ai aussi décidé d’écrire ce livre au nom de la politique. Ce gros mot pour ceux qui veulent que rien ne change. Ce gros mot pour les hommes bien-nés qui n’ont pas besoin que tout change. Pour ma part, j’aime ce mot. Il est le mot ramassé, efficace, et pourtant chantant, de l’espérance. La politique, c’est le pouvoir de changer la vie. N’est-ce pas là le fondement de la dignité humaine, de notre liberté, de notre identité, de notre autonomie ? Oui, le pouvoir de faire, le pouvoir d’agir, le pouvoir de changer le sens de l’histoire, le pouvoir d’échapper au déterminisme social, le pouvoir de s’émanciper. Celui d’aider les autres. Dans quelques milieux bourgeois, larges d’esprit mais étroits de cœur, critiquer la politique et la notion de pouvoir est chose habituelle. C’est normal, ils soutiennent toujours le pouvoir en place, pensent le posséder en tous domaines et veulent dégoûter quiconque qui n’est pas né comme eux de s’y intéresser et surtout de s’en emparer. Il pourrait être dangereux qu’un fils de rien, venu de nulle part, sans titre, sans réseau, ni référence, puisse un jour le conquérir, mettre fin aux privilèges acquis et établir un ordre juste, fondé sur le mérite et l’effort. Mais, dans leur esprit, la politique est un gros mot. A mes yeux, c’est un grand mot. Un mot grec, un mot ancien qui évoque cet espace public que les dieux ont abandonné aux hommes. Au fond, je rejette à égalité le cynisme des politiciens qui consiste à vouloir gouverner en reniant leurs convictions et l’idéalisme des beaux-parleurs qui consiste à défendre leurs convictions sans jamais vouloir gouverner. Notre amour du bien commun et de notre patrie doit toujours nous conduire à faire le choix d’une ligne de crête étroite : réconcilier nos idées et le pouvoir, redonner du pouvoir à nos idées, mettre nos idées au pouvoir.

Je ne vous savais pas si familier d’Homère et de l’âme profonde d’Ulysse que vous a fait redécouvrir Sylvain Tesson ; ni aussi imprégné de la pensée d’Aristote et de Thomas d’Aquin. En quoi, selon vous, la prudence, (phronèsis), peut-elle être un guide pour l’action ?

Mais tout est là justement. La fameuse recherche universelle, au fond de toute âme humaine, du « mesos» aristotélicien, le juste milieu. Pour moi, cette quête est politique depuis vingt ans : comment trouver l’art subtil et enraciné de conquérir le pouvoir sans rien renier de nos idées pour réparer la France ? J’ai eu la chance de rencontrer, dans mon adolescence, un professeur passionné et passionnant, le Prof. Absil, érudit de Louis Jugnet et de la philosophie thomiste. « Adequatio rei et intellectus » : la définition de la vérité, l’alliance entre la force des convictions et la réalité des faits. C’est paradoxalement Jean Jaurès d’ailleurs qui résume bien cette définition en nous disant qu’en tout métier ou toute vocation, nous devons tout à la fois être des « philosophes et des praticiens ». La noble politique n’appartient donc ni aux philosophes, ni aux comptables ; elle appartient aux hommes d’État et aux citoyens engagés.

Justement, certains de vos détracteurs vous affublent parfois du mot de « girouette » ? Que leur répondez-vous ?

Entre la pureté des idées, « ideas », et l’aridité de la technique, « technè », il y a un trésor : la phronèsis, oui, la sagesse de l’action, dans l’action, pour l’action mais aussi, nous dit Heidegger, la sagacité, l’endurance, la ténacité. Ne soyons pas simplement des contemplatifs ou des faiseux : agissons au nom de nos convictions. La vérité, ne serait-ce pas cette alchimie subtile, en toute circonstance, entre un idéal et le réel, entre des convictions et la mise en pratique, entre une idée et son application ? Le cérébral ne définit jamais toute la vérité, car ce que nous pensons peut être contredit par ce que nous voyons. Le matériel, non plus, ne la décrit jamais toute entière. Car ce que nous voyons peut être dénaturé ou complété par ce que nous pensons. Mais, et le mais révèle toutes les synthèses de la vie et de la vérité, mais si, à chaque instant, nous faisons l’effort de relier le cérébral et le sensible, la pensée et le réel, alors nous approchons la vérité, nous en prenons le chemin. Cette phrase, « Adequatio Rei et Intellectus », s’est emparée de moi, il y a plus de vingt ans. Elle ne m’a jamais quitté, elle borde mes lèvres, fleurit en mes pensées et sanctionne mes décisions. Dans toutes les épreuves, dans tous les choix, dans toutes les perspectives que j’ai eu à franchir, à prendre et à tracer, elle m’accompagne. « Veritas est ». Ni idéalisme désincarné, ni réalisme matérialiste : la vérité est l’alliance du ciel et de la terre, de l’idéal et du réel, de la pensée et de la pratique. C’est dans cet esprit que j’ai abordé mes différents mandats, que j’ai façonné mes convictions ces dernières années et beaucoup appris de mes erreurs et de mes égarements. C’est dans la confrontation avec le réel, le terrain, la vie, les obstacles que j’ai construit mon engagement politique. Et la force de ma sincérité.

Votre livre démontre votre attachement au combat des idées. Pouvezvous nous dire plus précisément ce que signifie votre formule « les victoires idéologiques précèdent les victoires électorales » ?

Une girouette qui montre sans cesse la même direction s’appelle une boussole. Ma boussole, c’est que la droite reste la droite et que la France reste la France. J’accepte toujours les critiques pour grandir et m’améliorer. Celle-ci me fait sourire car elle est fausse, injuste et ne peut provenir que de jaloux ou de gens de mauvaise foi : avoir servi tour à tour Philippe de Villiers, Nicolas Sarkozy et Laurent Wauquiez, franchement, même un enfant comprendrait que la droite forte est depuis toujours ma colonne vertébrale. Je suis fier, par ailleurs, que mes convictions aient été légitimées à cinq reprises par le suffrage universel, comme maire d’abord, comme député aujourd’hui. La preuve que les convictions fortes peuvent recueillir le soutien populaire d’une majorité: tel doit être notre objectif collectif au niveau national, désormais.

Abonnez-vous au Nouveau Conservateur pour lire la suite de cet entretien de Francis Jubert avec Guillaume Peltier.

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