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Vers un Trump français ?

Par Francis Jubert

A propos de Colères françaises, miroir américain de Nicolas Conquer, et de la tribune « Charlie Kirk, la voix qui ne s’est pas tue » dans Liberté Politique n°106.

Nicolas Conquer, franco-américain, passeur entre deux rives conservatrices, publie Vers un Trump français ? Colères françaises, miroir américain (Fayard, 2026, 272 pages). Il ne propose pas un calque du trumpisme, mais un miroir tendu sans complaisance : les mêmes fractures qui ont enfanté Donald Trump aux États-Unis menacent d’enfanter en France leur pendant hexagonal. L’Amérique n’est pas un modèle à copier ; elle est un avertissement. Et un défi que la France, si elle veut vivre politiquement et spirituellement, doit désormais relever.

Il faut lire cet essai en regard de la tribune que Nicolas Conquer confie presque simultanément à Liberté Politique n°106 : « Charlie Kirk, la voix qui ne s’est pas tue ». L’ensemble compose un diptyque d’une rare cohérence. Le livre en expose la théorie : l’Amérique comme miroir de nos propres colères. La tribune en donne l’incarnation : Charlie Kirk, fondateur de Turning Point USA, y devient la figure d’une génération qui refuse la censure, la peur et la soumission idéologique.

Nicolas Conquer ne se contente pas de diagnostiquer. Il appelle à une reconquête : culturelle, spirituelle et politique. Les fractures sont communes des deux côtés de l’Atlantique : paupérisation des classes moyennes, effacement des identités, crise du sens, éloignement croissant des élites. Binational, ancien candidat dans la Manche aux élections législatives de 2024, il sait que ces maux traversent l’océan sans passeport. 

Mais il ne s’arrête pas au constat. Il exhorte les conservateurs français à une transposition active : Il ne s’agit pas de faire du Donald Trump, encore moins de l’importer, mais de forger une incarnation française du réveil conservateur, conforme à notre histoire politique et spirituelle, et d’élaborer une contre-révolution culturelle endogène, enracinée dans la foi, le sentiment national et la mémoire collective. Son message est clair : reconquérir d’abord les cœurs avant de prétendre transformer les lois, tout en s’inspirant du renouveau conservateur américain pour réveiller la droite française, sans en copier mécaniquement les formes et en évitant ses travers et outrances. Vers un Trump français ? n’est donc pas une œuvre de résignation : c’est un manifeste stimulant pour une droite inventive, spirituelle et pleinement incarnée.

Des plaines du Midwest aux bocages du Cotentin, des Gilets jaunes au Tea Party, Nicolas Conquer trace des parallèles précis. Le trumpisme n’est pas une parenthèse spectaculaire ; il est le symptôme d’une crise profonde : désindustrialisation, sentiment d’abandon, perte de repères culturels et spirituels, et dégradation du climat moral et existentiel dans lequel évoluent les Français, nourrie par des pratiques et débats autour de la mort provoquée intentionnellement. L’ouvrage mêle analyses comparatives et propositions concrètes. Nicolas Conquer y imagine une droite qui transforme les réseaux sociaux en véritables tribunes de liberté plutôt qu’en instruments de normalisation. Il y décrit également un paysage médiatique pensé comme un miroir transatlantique, allant de Fox News à CNews, et met en perspective le catholicisme français, tel qu’il participe à l’identité culturelle et spirituelle du pays, avec l’évangélisme américain de l’ère MAGA.

Nicolas Conquer tempère toutefois toute tentation mimétique. La France n’est pas l’Amérique. Notre imaginaire politique reste marqué par la monarchie, le gaullisme et une certaine verticalité de l’État. Le chef n’y est pas seulement un tribun : il hérite aussi d’une fonction symbolique et presque sacrale. Peut-être avons‑nous déjà connu une forme de moment trumpien avec Jean‑Marie Le Pen, grand tribun sous l’éternel des années 1980, figure clivante qui sut, à sa manière, réveiller une droite alors assoupie.

Cet appel trouve dans la tribune « Charlie Kirk, la voix qui ne s’est pas tue » sa dimension tragique et charnelle. Dans Liberté Politique n°106, Nicolas Conquer rend hommage à Charlie Kirk, assassiné le 10 septembre 2025 sur un campus de l’Utah. À trente-et-un ans, père de famille, chrétien assumé, premier commentateur politique sur TikTok avec près de cinquante milliards de vues, Charlie Kirk n’était pas un simple influenceur : il incarnait une jeunesse lasse de la langue de bois. Fondateur de Turning Point USA à dix-huit ans, il avait reconquis les campus progressistes, micro en main, en invitant ses contradicteurs : « Prouvez-moi que j’ai tort. »

Sa foi structurait son engagement : repos numérique dominical, vêtements arborant « Faith over Fear », parole joyeuse opposée à la logique de la cancel culture. Le tir mortel, alors qu’il portait un tee-shirt « Freedom », visait moins un homme qu’une idée : celle du débat contradictoire libre. Nicolas Conquer décrit un monde où les mots sont traités comme des violences, et où la parole devient suspecte par principe. Il souligne aussi la force du pardon d’Erika Kirk : « I forgive him because it was what Christ did. » Les funérailles, suivies par des millions de spectateurs, mêlent Alexis de Tocqueville et les Béatitudes, rappelant que, dans l’histoire américaine, le politique et le spirituel n’ont jamais été totalement séparés.

L’auteur relate enfin son propre hommage sous la statue de Gilbert du Motier de La Fayette à Paris, malgré les menaces : un « Je suis Charlie Kirk » qui, dix ans après 2015, redonne au slogan sa signification première : défendre une liberté réelle, et non rituelle. Comme l’écrivait Tertullien, le sang des martyrs est une semence. Ici, il devient semence de réveil culturel et politique.

Ces deux textes ne sauraient être dissociés. Ils forment un tout : la théorie et l’incarnation, le miroir et le cri de ralliement. Nicolas Conquer unit géopolitique, spiritualité chrétienne ardente et urgence patriotique. Trumpiste lucide sans naïveté, il adresse aux Français un appel clair : ne plus se taire, inventer leur propre Turning Point, parler de Dieu sans prosélytisme, défendre la France sans s’excuser.

À l’approche de 2027, dans une France fracturée et en quête d’incarnation, cette double publication rappelle une évidence trop souvent oubliée : la liberté n’est jamais gratuite — Freedom is not free.Un appel salutaire, clair, enraciné et combatif, au moment précis où la droite française a le plus besoin d’une voix forte, joyeuse et conquérante.

NB: Pour approfondir cette question, je me permets de renvoyer à un podcast  de Pierre Lauzun publié sur LinkedIn , ainsi qu’à ma propre analyse sur le conservatisme au XXIe  siècle publiée ici même

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