Par Paul-Marie Coûteaux et Guillaume de Thieulloy
Depuis la parution de notre dernier numéro, le gouvernement Barnier, victime de la première motion de censure victorieuse depuis 1962, a fait place à un nouveau gouvernement (le quatrième en un an) dirigé par François Bayrou – lequel, susurrent de méchantes langues, aurait « forcé la main » à M. Macron en menaçant de faire passer le groupe Modem dans l’opposition.
Rien n’est encore très clair au moment où nous bouclons ce numéro (18 décembre 2024), sinon que la Ve République, comme chacune des quatre Républiques qui l’ont précédée, finit mal – et même très mal, elle aussi.
Quand M. Macron prétend qu’il doit demeurer en ce qu’il croit être sa « fonction » jusqu’au terme de son mandat parce qu’il est « garant des institutions », il se moque du monde, attendu que son zèle systématiquement antinational, son mépris de « ceux qui ne sont rien » et, pour finir, sa dissolution de gamin colérique (cassant son jouet parce que le jouet électoral n’a donné à sa candidate que 14 % des votants…) ont justement achevé de dissoudre lesdites institutions. Dissoute, la Ve République l’est à la fois dans son esprit (qui, comme l’a répété Charles de Gaulle consistait à restaurer la souveraineté de la Nation et celle du Peuple), et même dans sa lettre car, après de nombreux articles de son texte, voici que le Président de ce qui n’est plus une « République » bafoue jusqu’au principe même de légitimité.
Il est vrai que nos institutions avaient déjà souffert bien des blessures : trois périodes de cohabitation, si nuisibles à l’unité et à l’autorité de l’État, la suppression du septennat, la confiscation de l’élection présidentielle par les partis via les « parrainages », sans parler des réformes constitutionnelles qui ont peu à peu privé la France de sa souveraineté. Il restait à dissoudre jusqu’à la dignité de l’État – mais passons sous silence les détails, ces innombrables attitudes déplacées qui donnent l’impression que nos Présidents n’ont plus la moindre conception de l’État, et de ce que leurs responsables lui doivent. En un mot, les quarante dernières années ayant sapé l’édifice, Emmanuel Macron n’a plus qu’à s’en faire le talentueux fossoyeur. C’est ce qui s’accomplit sous nos yeux.
Pour un « Coup de Majesté »
Comme naturellement, la France revient aux « délices du régime des partis », François Bayrou, digne héritier du MRP de la IVe République, arrivant à point nommé pour incarner ce funeste retour. Nul doute que ce nouveau « président du Conseil » a le talent de constituer un gouvernement saupoudrant un peu de radicalisme, un zeste de socialisme, le tout mâtiné de « démocratie chrétienne » – et de négocier avec les partis un curieux « pacte de non-censure » avec une « Chambre » divisée en trois blocs.
Sous Marianne IV, il s’agissait du Parti communiste, du RPF (puis du parti poujadiste), et de la « troisième force », regroupant radicaux, SFIO et MRP ; aujourd’hui du NFP, du « bloc central » et du RN. Dans les deux cas, un insaisissable Centre, jadis nommé « Marais », prétend gouverner sans en avoir vraiment le pouvoir, avec pour seule mission d’empêcher la coalition des deux autres blocs. Cela ne peut pas durer, et l’on en vient à espérer le « coup de majesté », comme on disait sous l’Ancien Régime, qui sortira in extremis la France de l’ornière – ou des multiples ornières – où chacun la voit aujourd’hui s’enliser. M. Bayrou, vieux routier du parlementarisme, peut réussir à manoeuvrer dans ce champ de mines et constituer un gouvernement qui dure davantage que le précédent ; mais il ne pourra restaurer le politique : il est trop focalisé sur la politique, devenue pâle politicaillerie, pour y parvenir – sans doute même pour avoir l’idée d’y travailler.
Or, la France ne sortira de l’ornière qu’en restaurant son État qui est, avec le Christianisme, ce qui l’a faite telle qu’elle est, et telle que le monde se reconnut longtemps en elle, un modèle de Nation, un Principe d’équilibre et de Liberté des peuples face aux Empires. La France est la Nation par excellence – la « Grande nation » disait-on au XVIIIe siècle – parce qu’elle est née de la volonté de ses rois, volonté intrinsèquement politique, à l’image de la cité grecque mais à l’inverse de l’Empire, qui naît et vit nécessairement de la guerre.
La résurrection de la Nation exige que nous rejetions en bloc le régime des partis et restaurions l’État dans ses trois dimensions fondatrices : la Légitimité, l’Impartialité et la Souveraineté.
La tâche qui s’offre à nous, conservateurs et restaurateurs, est donc harassante, presque inhumaine ; pourtant, sans la triple restauration d’un État Légitime, Impartial et Souverain, non seulement la France manquera cruellement au monde mais elle manquera plus cruellement encore, comme ils ne tarderont pas à le voir, aux Français eux-mêmes…