0,00 EUR

Votre panier est vide.

Philippe de Villiers : « La France sans la souveraineté n’est plus rien »

Une entrevue de Paul-Marie Coûteaux

A bien y regarder, Philippe de Villiers a quelque chose du prophète. Il a très tôt attiré l’attention publique sur les maux qui aujourd’hui nous accablent : dès les années 90, il tenta de montrer aux Français ce qu’il en coûterait d’abandonner la souveraineté nationale – dès 1992 lors du référendum sur le traité de Maastricht. Corrélativement, avec un livre resté fameux, Le piège, il a dénoncé la mondialisation, le libre-échange généralisé et la brutale désindustrialisation de la France qui s’ensuivrait. Puis, ce fut la question écologiste, pointée notamment par un livre sur la progressive disparition des abeilles, menacées par le recours massif à la chimie ; enfin, parmi les tout premiers, il dénonça dès 2006, avec Les Mosquées de Roissy, les progrès de l’islamisme. Plus près de nous, il tira très vite les conséquences de ce que nous nommons l’Opération Covid, dans deux ouvrages publiés « à chaud » : Les Gaulois réfractaires demandent des compte au Nouveau Monde (Fayard, 2020) et Le jour d’après (Albin Michel, 2021) Il est rare, de nos jours surtout, qu’un homme politique soit à ce point un visionnaire. Aussi avons-nous tenu à lui demander de quel œil il regardait aujourd’hui l’avenir de la France, à commencer par la prochaine élection présidentielle, sur laquelle il annonce ici qu’il entendra tôt ou tard prendre position – une position qui aura son poids.

Quelle est la « grille de lecture », la conception du monde qui vous a permis de prophétiser tant de choses ?

Au fil de mes impressions d’enfance, j’ai gardé dans mon cœur une image, datant du XVe siècle, et qui était censée célébrer la France, à travers deux figures idéales. C’était une représentation du Jardin de Paradis. Il y avait, sur cette miniature, la figure de la domina et celle de l’enclos, entouré d’un palis d’osier armorié. La domina, c’est-à-dire la Dame des Cours d’Amour, nous rappelait que Roland, au moment de mourir, avait supplié Olivier d’orienter sa tête d’agonisant vers « France la Douce ». La France était donc ainsi représentée comme l’allégorie d’un enclos – le jardin de tempérance du septième climat – le jardin d’en face du jardin d’Eden. La France était dessinée comme un être moral, de ferveur et de tendresse. Michelet dira plus tard : « La France est une femme ». Elle devient, au XIIIe siècle, une mère de désolation et de consolation. L’idée de souveraineté est omniprésente dans l’image de la Dame des dames, Notre-Dame, Reine de France. La France est un acte littéraire et un acte politique. Elle n’a pas de frontières naturelles. Elle n’est pas une donnée de la géographie. Si on perd l’idée du palis, c’est-à-dire de l’enclos, de la frontière, on sacrifie le jardin et on abolit les filtres pacificateurs. La France sans la souveraineté n’est plus rien. Elle ne contrôle plus ni ses pousses ni son destin et elle perd jusqu’à l’idée même de la luxuriance et de la grandeur. L’européisme et le mondialisme sont deux erreurs géostratégiques majeures qui ont précipité le déclin de notre pays : l’Europe a cessé d’être française et la France a cessé d’être mondiale. Le Jardin de Paradis préparait le « jardin à la française » où se côtoyaient l’Ordreet la Justice, dans une vision régalienne. Avec le célèbre jardinier André Le Nôtre (1613-1700), l’ordre était figuré par la Symétrie et la justice par la Perspective. Aujourd’hui notre « jardin à la française » est en friche et ses fleurs se fanent dans un fouillis désordonné. On apprend aux enfants à ignorer ou déchirer le temps comme on déchire une rose. Le chêne de saint Louis a perdu son ramage. Ils l’ont abattu.

Quelques mois après la formidable intrusion dans nos vies, voici presque deux ans, d’un virus venu de Chine, la Covid, vous avez publié un ouvrage-choc montrant qu’il s’agissait là bien plus que d’un épisode sanitaire mal géré, et qu’elle pourrait bouleverser nos vies. Aviez-vous prévu, début 2020, que ce bouleversement prendrait une telle ampleur ?

Oui, je le pressentais, comme je l’ai écrit dans mon livre Le jour d’après. Je n’avais pas grand mérite, j’avais seulement lu le manifeste de Klaus Schwab, paru le 2 juin 2020 et intitulé Covid-19 : la Grande Réinitialisation. Il y dessinait les contours du Great Reset du Village global avec une formule choc : « La pandémie représente une fenêtre d’opportunité pour réinitialiser le monde ». Et il ajoutait une conclusion, passée hélas inaperçue mais terrible, prophétique : « Beaucoup d’entre nous se demandent quand les choses reviendront à la normale. Pour faire court, la réponse est : jamais. La normalité d’avant la crise est brisée. Nous allons vers une nouvelle normalité. » Le Great Reset, c’est la remise à zéro. Il s’agit de recréer une humanité nouvelle sous l’empire de l’intelligence artificielle, la nouvelle police secrète. Saint-Just en a rêvé, le Webistan l’a fait. Il s’agit, par étapes, de réduire l’humanité à une somme d’individus livrés au marché nu. J’ai longtemps médité la phrase de Schwab, le patron de Davos : « Nous allons vers la fusion de nos identités : physique, numérique, biologique. » Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que le passeport sanitaire prépare l’émergence du citoyen numérique. Voici venue l’heure du capitalisme de surveillance. Nous avons tous vocation à devenir les serfs de la plèbe numérique : la digitalisation intégrale prépare le traçage permanent des individus par des algorithmes et préfigure la société du contrôle total. Nous sommes passés du politique au biopolitique. La politique s’exerçait sur un territoire. La biopolitique contrôle une population. C’est l’État qui possède notre pouls. En germe se trouve la nouvelle définition de nos jardins intimes, avec l’équation prometteuse : Lénine + Orwell = Elon Musk. Le contrôle des corps, des esprits, des pensées, et bien sûr, des attitudes et des actes…

La situation de la France est-elle à ce point alarmante que, selon vous, l’enjeu de la prochaine élection présidentielle est bel et bien sa survie comme nation, ou son irréversible déliquescence ?

La France est au bord de l’abîme. On peut raisonnablement craindre sa disparition, avec un changement de peuplement et la greffe d’une civilisation qui n’est pas la nôtre. Toutes les autres questions sont secondaires. Emmanuel Macron ne voit la France que comme un espace sans ancrage d’une planète globalisée. Si jamais il était réélu, la France deviendrait une colonie africaine et une zone de dhimmitude. Il faut se dresser contre tous les liquidateurs et retrouver l’idée française. Ou bien on aura le courage de fabriquer à nouveau des petits Français, ou bien on rejoindra les Amérindiens au Machu Picchu et les perroquets de l’Orénoque dont parle Chateaubriand, qui, seuls, avaient gardé la mémoire, dans leurs derniers échos, d’un peuple disparu.

Retrouvez la suite de l’entrevue de Paul-Marie Coûteaux avec Philippe de Villiers dans le cinquième numéro du Nouveau Conservateur.

Voir aussi

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici