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On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort

Par Francis Jubert

Dans quelques jours, le Sénat débattra du « droit à l’aide à mourir », présenté par certains comme un progrès dans le soin d’ordre compassionnel et désormais assimilé  à  un « soin ultime ». À les entendre, il suffirait de légaliser la mort provoquée pour répondre enfin au scandale de la souffrance et de la dépendance.

Ce récit rassurant oublie pourtant l’essentiel : ce que sont réellement les soins palliatifs, et ce que vivent les malades et leurs proches lorsque la société choisit de « tenir avec eux jusqu’au bout », plutôt que d’organiser une disparition propre et rapide.

Ayant vécu l’expérience des soins palliatifs à domicile, j’ai vu ce mélange d’extrême fragilité et de noblesse tranquille : ces gestes minuscules qui empêchent la douleur d’avoir le dernier mot, cette présence qui refuse à la fois l’acharnement et l’abandon.

Les soins palliatifs acceptent la mort, mais refusent de la provoquer. Ils accueillent la vulnérabilité sans jamais y lire une vie « en trop ».

La Conférence des évêques de France l’a formulé simplement : « On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort. »

On peut ne pas partager cette foi. Mais une société ne se grandit pas en transformant la main qui soigne en main qui tue, même au nom des meilleures intentions.

On présente l’« aide à mourir » comme un choix souverain.

Mais ce choix est-il vraiment libre dans un pays où l’accès aux soins palliatifs reste inégal, où tant de familles s’épuisent, où la dépendance est trop souvent vécue comme un fardeau faute de soutien réel ?

Proposer la mort comme option juridique, c’est aussi envoyer un message silencieux : « Vous avez le droit de ne plus peser sur personne. »

Dans “L’Eugénisme qui vient”, j’ai montré comment l’eugénisme contemporain avance désormais sous les habits de la liberté et du choix individuel.

Il ne dit plus « vous devez disparaître », il murmure :

« Vous pouvez choisir de ne pas finir dépendant. »

Une fois qu’une société admet que certaines vies peuvent être légitimement abrégées, la pente est connue : les garde-fous se détendent, les critères s’élargissent, la pression économique s’invite dans le soin.

Aux sénateurs, il ne s’agit pas d’opposer idéalisme et réalisme, mais de choisir entre deux logiques :

– la mort administrée, solution rapide à des situations humaines complexes ;

– ou le soin jusqu’au bout, qui exige du courage politique, des moyens, et une vraie culture de l’accompagnement.

Le progrès véritable n’est pas de perfectionner la mort, mais d’honorer la vie fragilisée jusqu’à son dernier souffle.

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