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La messe n’est pas dite (Eric Zemmour)

Par Catherine Rouvier

En 1987 le réalisateur italien Nanni Moretti, dans son film « la messe est finie » campe le personnage d’un jeune prêtre plongé tout à coup dans la banlieue de Rome où il découvre les déviances, les malheurs, les fausses routes de tous ceux que n’animent plus l’espérance chrétienne. La fin du film, burlesque, est annonciatrice, par ses chants et ses danses désordonnées, des récentes expressions mystiques déjantées d’une jeunesse  « fan » d’un Jésus  vu par Zemmour comme « un christ caricaturé en guide de communauté hippie»[1]

Eric Zemmour est persuadé que l’Eglise a enfin dépassé cet épisode post-Vatican II qui a ouvert les portes à la désacralisation et à l’appauvrissement du catholicisme. La décision du pape Leon XIV d’accueillir à Saint Pierre de Rome, à nouveau, une messe traditionnelle, semble lui donner raison. [2]

Le renouveau catholique qui se dessine est, pour lui, le signe d’un redressement de la France qu’il reconnait « chrétienne » D’où sans doute cette formulation qu’on n’attendait pas de lui :« La messe n’est pas dite ». 

Le message est clair, et roboratif.  On ne peut qu’aimer ce retour en fanfare de l’éditorialiste de CNews du temps du COVID qui nous tint un temps, chaque soir à 19h, heure du couvre-feu, la tête hors de l’eau…

Mais deux conditions sont mises par lui à ce renouveau salvateur. Que l’Eglise renoue, en même temps qu’avec une liturgie ancestrale, avec un concept qu’elle a honni ces dernières décennies : l’identité, supposée contraire à son universalisme. La deuxième condition est posée par le sous-titre du livre « pour un sursaut judéo chrétien » : que juifs et chrétiens s’unissent pour défendre ce qui apparait à l’auteur comme une civilisation commune. 

Cela fait grincer quelques  dents. Celles de certains catholiques, mais aussi de certains juifs. Car tous n’ont pas eu, comme le petit Eric, un père qui, en Algérie, avait pris sans réserve le parti de la France. Ni un grand-père maternel officier dans l’armée française. Et surtout tous n’ont pas, comme Eric Zemmour, l’amour de la France catholique. Sans renier ni ses origines ni sa culture hébraïque, et tout en restant juif pratiquant, Eric Zemmour ressent pour le catholicisme dont il découvre en France les merveilles une grande admiration. Comme il l’écrit « Les églises aux vitraux lumineux » lui paraissent « plus gais que les églises sans fenêtres des synagogues », et il va succomber, à l’adolescence, à l’intelligence aigüe et la foi vibrante du grand Pascal. 

Il regrette donc la rupture entre la religion juive actuelle et le christianisme, et voudrait qu’elles s’allient  (III). Mais il y a des obstacles conséquents à ce projet. Le christianisme semble plutôt imprégné de la liberté d’esprit grecque que des rigueurs de la Thora puisque, comme Zemmour, homme des formules fulgurantes, le dit lui-même : « la foi qui prime sur la loi est la grande transgression chrétienne » (II). Quand au but de cette union : stopper l’expansion de l’Islam qui, comme  le dit excellemment Eric Zemmour est  « une guerre de religion planétaire qui ne dit pas son nom » il n’est pas non plus si facile à atteindre, car  à droite hier et à gauche aujourd’hui elle a ses admirateurs et des soutiens (I).

  1. L’ISLAM FASCINE : HIER A DROITE (1), AUJOURD’HUI A GAUCHE.(2)

           Eric Zemmour a gardé de l’Algérie le souvenir d’un refus d’assimilation des musulmans, et des attentats cruels et sanglants commis par le FLN lors de la révolte contre la France, et c’est avec horreur qu’il a vu à la fois le séparatisme et la violence ressurgir en France, au début dans ces quartiers périphériques parisiens ou il a vécu, et aujourd’hui jusque dans les moindres villages. Il émet un doute sur le fait que la guerre sainte contre l’infidèle ait pu laisser la place à la fameuse « culture arabe tolérante » en Espagne [3]  dont parlent toujours les défenseurs de l’Islam (Le mythe de l’Al Andalous)[4].

De ce fait il va déplorer la fascination de certains, en France, pour l’Islam. Des hommes et femmes de Gauche aujourd’hui (2) Mais hier des intellectuels de droite (1).

  1. A droite 

Ainsi en va-t-il de Jacques Benoist-Méchin, adhérant au PPF de Doriot dans sa jeunesse, puis ministre dans le gouvernement de Vichy entre 41 et 44, condamné à mort en 47, grâcié, et poursuivant ensuite sa carrière politique dans les pays arabes.  Conseiller de Nasser, de Hassan II, de Khadafi, biographe d’Ibn Seoud, il influenca De Gaulle sur la politique arabe de la France  [5] Il trouvait, comme le rappelle Zemmour, que « l’ lslam est la religion juive adaptée à la psychologie des arabes » [6] frappé par la similitudes de certains préceptes des deux religions.

J’ajouterai le cas de Gustave Le Bon, qui dans son maître livre « la civilisation des arabes »  ne cache pas son admiration  pour leurs moeurs  qu’il juge, lui, « plus proches de la nature de l’homme », à la fois du fait de la polygamie et du fait que c’est une société de guerriers dès sa fondation par Mahomet, lui-même polygame et conquérant .A la différence de Benoist- Méchin, Le Bon ne fut jamais pro-allemand. Au contraire, il mettait en garde dans son livre « psychologie de la guerre » des 1895 contre les allemands « qui sont aux yeux des francais  de paisibles mangeurs de choucroute » mais qui sont en realité animés de pensées suprémacistes. Il écrivait même  de manière prémonitoire : « Les Allemands veulent renverser la mystique juive  Le peuple élu c’est eux. »

En revanche, le Montherlant du « Solstice de Juin » [7], cité par Zemmour, plus adepte du paganisme antique que du christianisme, fut brièvement, en Juin 40, une fois la France envahie, admiratif de la force virile et l’habileté militaire des allemands, crut à une défaite pérenne de la France, et sembla se  résigner sans trop de mal à voir la « svastika » flotter sur Paris.

Chez certains auteurs, aujourd’hui encore, on trouve ce goût  à la fois pour le paganisme et  la religion musulmane, dont ils opposent le virilisme à la composante  « féminine » de la  religion chrétienne, religion de vaincus, écrivait Nietzsche, et d’esclaves qui « tendent l’autre joue » quand on les frappe. Bien sûr ce mépris pour le christianisme englobe les juifs. Ainsi  Jésus est-il désigné de manière significative comme « le juif barbu » par Hitler dans « Mein Kampf »

Eric Zemmour regrette que ce rejet du judaïsme soit présent chez les nationalistes qu’il admire le plus, tels  Maurras ou Barrès. Ils auraient dû, d’après lui, admirer la Torah. Elle est en effet à ses yeux la quintessence du nationalisme car elle « repose sur un triptyque fort : une loi, une terre, un peuple ».

Il ajoute même que c’est « parce que le christianisme était né d’une religion nationale – le judaïsme- (…) qu’il allait si bien se prêter, au moyen-âge, à l’invention de l’Etat nation par les Européens ».

Il y a là un paradoxe, car Eric Zemmour semble attaché à la définition de la nation donnée par Renan dans sa célèbre conférence de 1882. Or pour Renan, la nation est une réunion d’hommes, quelle que soit leur origine, mais désirant vivre ensemble et l’affirmant par « un plébiscite  de chaque jour ». Elle est sans lien avec la race ou la religion, et n’est donc en rien comparable à l’Israël antique, puisque cette dernière a un fondement ethnique  et religieux. De plus – du fait de leur diaspora de 70 à 1948 – les juifs apparaissent beaucoup plus dans l’imaginaire politique comme étant à la source de l’internationalisme.

2. A Gauche 

Barres l’avait prédit, rappelle Eric Zemmour : après le christianisme une « religion plus âpre, plus dogmatique, plus intolérante succèdera au catholicisme et prendra la couleur rouge vif de la « religion socialiste » [8].

De fait, Karl Marx, juif, mais fils d’un père devenu pasteur, et reniant non seulement ses co-religionnaires mais toute religion instituée, pose avec ses adeptes les bases, comme l’écrit Zemmour, de « l’absolutisme d’une religion dont ils seront les maitres » : le communisme, forme aigüe du socialisme, à Londres en 1848. 

Or cette « religion socialiste » se révèlera ensuite, dans l’histoire bien souvent favorable à l’Islam. Ainsi le régime soviétique soutiendra-t-il l’Islam comme force a utiliser contre l’occident capitaliste en Algérie, en Egypte, en Iran. 

La rencontre de Bakou, premier congrès des peuples d’Orient, qui se tint en 1920 fut réuni par l’Internationale communiste sous la direction de Lénine.[9] . Peu de temps après émergent les Frères musulmans, organisation transnationale islamiste, fondée en Egypte en 1928, qui prône la renaissance islamique contre « l’emprise laïque occidentale » et « l’imitation aveugle du modèle européen » en terre d’Islam  qui sert donc objectivement les révoltes anti-occidentales de tous les « Fronts de libération » soutenus par l’URSS[10].

Cependant, en France, la Gauche, qui pratiquait depuis les années 1880 la critique du juif capitaliste, basculera en partie, après le « J’accuse » de Zola, dans le soutien au capitaine Dreyfus. S’ensuivra un mouvement chrétien très attaché au judaïsme. Ainsi Emmanuel Mounier, ou encore Jacques Maritain, converti au catholicisme à 24 ans, et dont l’épouse, Raissa, juive, se convertira aussi. 

Mais la gauche « pro-racisés » de notre début du XXIe siècle est à nouveau antisémite. Zemmour l’affirme : la gauche pro-sémite de l’affaire Dreyfus, puis de la découverte des persécutions nazies, se retrouve antisémite depuis la création d’Israel. 

L’actuel mouvement contre la guerre à Gaza est comparable, dit-il, au mouvement mondial de protestation contre la guerre au Viet-Nam en 1968. 

Du statut de victime, le juif passe à celui d’oppresseur, de colonisateur. L’hostilité de la droite, actuellement au pouvoir en Israel, à l’existence d’un Etat palestinien et la guerre totale menée en représailles de l’attaque du Hamas du 7 Octobre 2024 a quasiment effacé les juifs de la liste des victimes pour les transférer dans la liste des bourreaux.

Pour la Gauche d’aujourd’hui – écrit Eric Zemmour -, ce n’est plus le juif qui est persécuté mais l’immigré, arabe ou noir. Or ces immigrés, que la Gauche appelle les « racisés », sont eux même le plus souvent fortement  antisémites. (Se rappeler du rôle de  Fofana et son » gang des barbares » dans l’affaire Ilan Halimi).

Eric Zemmour résume cette situation avec une des formules fulgurantes dont il a le secret : « depuis la conquête d’Israel, le juif est devenu un blanc » [11].

            II LE CHRISTIANISME SEMBLE PLUTOT IMPREGNE DE LA LIBERTE D’ESPRIT GRECQUE QUE DES RIGUEURS DE LA THORA

Pour l’auteurl’héritage romain et grec supplante, à la Renaissance, la source hébraïque médiévale  [12]. Dans le « vieux conflit Jérusalem Athènes Rome. » il pense que « Rome a vaincu Jérusalem en 70 », mais que « Les juifs se vengeront (…) et vaincront Rome par le christianisme ».

Nous ne pouvons, en tout cas, nous chrétiens d’aujourd’hui, lecteurs d’Aristote et de Platon – que ne pouvaient lire les hommes du moyen âge –, éviter de voir l’influence grecque sur le christianisme, au point de parler d’helléno-christianisme. Du reste, Eric Zemmour nous en donne lui-même la conséquence visible en une formule admirable : « La foi qui prime sur la loi est la grande transgression chrétienne » (1). Mais cette absence d’une loi contraignante n’est elle pas une faiblesse du christianisme face à l’Islam (2), d’autant plus que le catholicisme, d’après lui n’est pas assez identitaire (3) ?                 

  1. Primauté de la foi sur la loi : l’amour au cœur de l’Evangile          

La révolution chrétienne qui « fait primer la foi sur la loi » comme le dit l’auteur, différencie le christianisme de l’Islam, mais aussi de la religion judaïque dans laquelle la loi, formaliste, détaillée, quotidienne, est essentielle et la communauté primordiale .

« Le Pentateuque a été de la sorte le premier code de la terreur religieuse. Le judaïsme a donné l’exemple d’un dogme immuable, armé du glaive. Si, au lieu de poursuivre les juifs d’une haine aveugle, le christianisme eût aboli le régime qui tua son fondateur, combien il eût été plus conséquent, combien il eût mieux mérité du genre humain » écrit Ernest Renan dans sa  « Vie de Jésus ».

Comme l’attestent les quatre Evangiles, qui retracent les actes et les paroles du Christ, ce dernier n’a eu de cesse d’affirmer dans ses paraboles ( le bon samaritain ) ou par ses actes ( sauver un paralytique le jour du Sabbat , transformer l’eau des ablutions purificatrice en vin pour les « noces de Cana ») que la loi judaïque était pour les temps anciens mais que, puisqu’elle « s’accomplissait » en sa personne, elle lui laissait la place, à lui, le Christ annoncé par les prophètes, la « loi vivante ». 

Désormais c’est moins le respect scrupuleux de la loi que l’acte de foi qui compte.« Va, ta foi t’a sauvé » est un leitmotiv de l’Evangile. Cette foi se manifeste par de modestes demandes comme celle de ce père faite à Jésus de « dire juste une parole » pour guérir son enfant malade., même à distance « Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir mais dis seulement ne parole et je serai guéri » est une prière qu‘a la messe dans la liturgie traditionnelle, le fidèle répète trois fois, comme pour s’en imprégner, et qu’a conservé le rite moderne, mais sans la répétition. 

Cette foi est donc aussi humilité. Ainsi, entre le pharisien et le publicain, ce n’est pas celui qui se vante de respecter la loi, le pharisien, qui est donné en exemple mais celui qui manifeste sa foi et son humilité, le publicain.

Distance sociale ou raciale, justice inhumaine envers la femme, lapidation, répudiation, loi pénale cruelle sur les dettes de l’ancienne loi, tout se trouve soufflé, comme balayé par le souffle christique 

« La priorité de la foi sur la loi favorise l’émergence de l’individu libre face a sa communauté » dit Eric Zemmour. En effet. Le monde chrétien se voudra  ouvert et libre, comme celui de la Grèce. Ce dernier n’était pas dépourvu de protection de son identité puisqu’il distinguait les grecs des  barbares et exigeait pour être citoyen athénien d’avoir deux parents et quatre grand parents athéniens, mais il ne connaissait pas de strates sociales étanches. On y commerçait avec l’étranger, le « métèque », celui qui est littéralement a « à côté de la maison » même si on ne lui donnait pas des droits identiques à  celui qui est « de la maison ». 

Cette primauté de la personne et cette absence de castes n’induit pourtant pas ni en Grèce ni dans le monde chrétien un égalitarisme. Il y a souvent un contresens sur le fameux texte de Saint Paul dans l’épitre aux Galates  : « vous tous, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ.  Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ.  Et si vous êtes à Christ, vous êtes donc la postérité d’Abraham, héritiers selon la promesse ». Saint Paul veut seulement dire que le christianisme est pour tous . Cette égalité est une égalité devant Dieu.[13] Dans « le domaine de César » en revanche les inégalités existent, et la hiérarchie est indispensable à toute cité. Mais, ces inégalités, le chrétien doit les ignorer dès qu’il a l’occasion de faire une action bonne, comme porter secours (parabole du bon samaritain). Et ce, justement, au nom de l’Agapè, l’amour, que nous avons traduit d’après le mot latin « caritas » par charité, mais qui signifie bien l’amour.

C’est cet amour qui est au cœur de la religion christique : une considération pour la personne, le sentiment qu’elle est unique et sacrée, et qu’on ne doit donc rien lui faire subir qui ne serait pas strictement utile à la protection de la société – exigence qu’on retrouve dans la « déclarations des droits de l’homme » dont Jean-Paul II disait qu’ils devraient être  « les droits de Dieu en l’homme ».                 

 C’est aussi vouloir le bien de l’autre, même si ce bien est au prix de sa propre vie. 

C’est donc accepter d’être le Christ en croix, la victime d’un châtiment corporel atroce – pratiqué à l’époque par les Romains, et hélas toujours pratiqué par l’Islam – sans avoir commis aucun crime. Montrer que la loi peut être injuste et lui obéir quand même, au détriment de sa vie, c’est témoigner de la réalité du mal qu’a semé en l’homme le « prince de ce monde », Lucifer.   

C’est accepter aussi d’en racheter les fautes par ses souffrances, ce que le christ demande implicitement, du reste, à tout chrétien quand il laisse, en partant, comme seul commandement  «Aimez-vous les uns les autres  comme je vous ai aimés. »

Victime d’une des pires erreurs judiciaires de tous les temps, crucifié à la place d’un délinquant de droit commun par un administrateur romain qui n’ose se lever contre la foule, il est aussi la démonstration vivante de l‘imperfection de la justice humaine. Car la loi elle-même peut- être injuste par nature (lapidation) mais peut être également injuste à cause d’un juge sensible à l’opinion, incarnée ici par la foule. La foule crie à Ponce Pilate qui lui demande qui libérer : « Barrabas !» au lieu de « Jésus le nazaréen », haineuse et accusatrice, excitée au-delà de toute raison, jusqu’a répondre à Ponce Pilate qui lui dit qu’ il est innocent « que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ». 

Cet amour conduit aussi à considérer l’autre, non pas en fonction de la seule loi, mais avec un regard d’amour qui atteint son être profond, son «âme» toujours possiblement repentante des crimes qu’il a pu commettre. C’est ainsi que Jésus promet au « bon larron » crucifié comme lui, mais pour des délits réels qu’il sera « le soir même avec lui en paradis ».

Indulgence déconcertante, dont Saint Augustin, le saint berbère, donnait la raison en une formule elliptique  de quatre mots   « amor meus, pondus meus » qui signifie « ce que je pèse, c’est mon poids d’amour » .Si telle est en effet la seule mesure du jugement dernier, seule comptent la foi, et l’amour qu’imprime la grâce, consécutive à l’acte de foi,  dans le cœur de  l’homme « comme le sceau sur la cire »  écrit encore magnifiquement  l’évèque d’Hippone.

  • Cette minimisation de la loi n’est-elle pas une faiblesse du christianisme ?

Zemmour semble penser que dans cette minimisation de la loi il y a une faiblesse dommageable. Comment, avec si peu d’exigences à la fois quotidiennes, sociales et politiques, faire face à une religion plus exigeante, plus structurante, comme l’Islam ?

En réalité le christianisme a aussi, dès qu’il se répand en Europe au  IVe siècle ses exigences de conduite individuelle comme la chasteté, de conduite alimentaire comme le carême et le poisson le vendredi, et des exigences supérieures à d’autres, religions comme le mariage monogame et indissoluble, ou l’obligation de la  confession. 

De ces exigences morales découle un droit   dit canonique- mais aussi le fondement du droit occidental qui mèle ses exigences à celles du droit romain        

Mais il est vrai que, contrairement au judaïsme et a l’Islam, le christianisme  a institué des sa naissance des ordres religieux qui distinguent le « clerc » du « laic » ouvrant ainsi la possibilité  d’une différence  entre les obligations du fidèle -messe le dimanche -et celles des religieux ( Messe chaque jour).De même pour les imperatfs vestimentaires Ce sont pas toutes les femmes  qui portent le voile, comme en Islam, mais les religieuses. Ce ne sont pas tous les fidèles qui s’agenouillent pour réciter les sept prières  quotidiennes, mais les moines et moniales .

Il reste que le Moyen Âge était vraiment religieux, parce que  les écoles, implantées dans chaque paroisse par ordre de Charlemagne dès le IXe siècle étaient toutes chrétiennes, mais aussi parce que l’Eglise, présente partout,  de la naissance par le baptême à l’inhumation , à travers ses sacrements, imposait à toute la société sa morale et ses exigences.

Mais la constitution normative de l’Eglise, à la Renaissance a été fortement entamée par les « protestants »  qui remettent radicalement en cause à la fois les rites fixés par l’Eglise, une partie du dogme, et surtout  l’autorité cléricale en général, celle du Pape en particulier. 

Au XVIIe siècle, comme le rappelle Zemmour, l’Eglise est contestée à nouveau. De grands débats voient s’affronter le tenant de l’orthodoxie que fut Bossuet et les « solitaires » de Port Royal qui en tiennent pour les thèses de Janssenius sur la grâce.  Zemmour admire  le grand Blaise Pascal, mathématicien et inventeur de génie, mais aussi élève aux petites écoles de Port Royal, et conquis par l’ élévation d’âme et d’esprit  de ces savants mystiques, ce qu’il deviendra lui même [14]

Or Zemmour semble réprouver ce qu’il appelle un « christianisme jansénisé »[15] qui sème, lui aussi, le désordre  dans l’Eglise. Il prend ainsi, dans la querelle, le parti du Roi Soleil, malgré son admiration pour Pascal, au sort duquel il faut adjoindre Racine, également ancien élève des petites écoles, qui voulait être enterré à Port Royal mais ira rejoindre en réalité la sépulture de Blaise Pascal sous la dalle de Saint-Etienne du Mont [16].

Un sursaut rigoriste de l’Eglise suivra la tourmente révolutionnaire et influencera le droit que Portalis avait commencé d’unifier sous l’ancien régime et qui sera le « code Napoléon » de 1804. L’Eglise catholique connaîtra du reste  une véritable renaissance au XIXe siecle.

En revanche  le XXe siecle lui sera néfaste. Le siècle commence avec la naissance du radicalisme, la déification de l’association, et la lutte parallèle contre les structures ecclésiastiques sous prétexte de « séparation de l’Eglise et de l’Etat » proclamée des 1792 mais exigée à nouveau par les radicaux et les loges . Cette fois, en 1905, elle sera assortie de mesures de confiscation des églises, monastères, abbayes, écoles congrégationnistes, etc.

L’ébranlement moral consécutif à la première guerre, la victoire politique de la Gauche en 36, et la forte domination communiste à la fin de la guerre vont disqualifier politiquement les chrétiens devenus en 1945 les « Républicains populaires ». Même le catholicisme manifeste de Charles de Gaulle ne suffira pas à redresser une Eglise prise de doute qui se sabordera en tentant maladroitement, par le concile de 1962, de suivre l’air du temps .

Ce passé récent explique que Zemmour soit attaché à cette renaissance d’un catholicisme plus traditionnel, avec sa liturgie latine, la résurgence de la musique sacrée, et surtout une retour à des exigences morales fortes .

Néanmoins aux yeux de l’auteur ce catholicisme  n’est pas assez « identitaire » 

  • La question de l’identité

Zemmour le dit, « le culturel vient avec le cultuel » et c’est vrai dans la tradition de l’Eglise – écoles chrétiennes, copies de manuscrits anciens dans les monastères, sculptures éducatives sur les chapitaux et porches des églises – peintures par de saints moines – Fra Angelico à Florence -musique par de pieux chanoines – Vivaldi à Venise-[17]

Mais il reproche au christianisme d’avoir éteint les cultures locales, celles des pays, peuples, nations, au profit d’un universalisme qu’il appelle mondialisme .

L’Eglise, en résumé, ne serait pas assez identitaire [18]

De fait  certains catholiques d’aujourd’hui sont opposés à toute « identité »perçue comme contraire au message évangélique, par exemple le nationalisme  . 

Mais qu’en est-il de l’Eglise bi-millénaire sur ce point ?

Il ne faut pas confondre l’universalisme, qui laisse prospérer les nations, et le mondialisme, qui fond les habitants des nations en une seule tour de Babel. Certes, « Katolikos » veut dire « pour tous » mais, comme on le voit le jour de la Pentecôte, il est pour toutes les nations, puisqu’il est spécifié que ce jour là dans la piece ou ils étaient tous enfermés, il fut parlé toutes les langues.[19]

La position d’Eric Zemmour sur cette question des langues est pour le moins paradoxale : il considère, à juste titre,le latin comme un marqueur d’identité chrétienne à protéger.[20] Mais le latin est justement la preuve, et la matérialisation même, du caractère universel de l’Eglise de Rome . Toutes les nations ont leur langue, mais elles communient dans le même rite compréhensible pour tous, donc en latin, car ce rite est universel !    

Le wokisme, le progressisme, eux, sont non pas universels, mais mondialistes, fondés sur l’idée d’uniformité que ne porte pas le catholicisme.    

Plus grave, ils sont dans la négation de toute identité, même l’identité humaine par rapport au reste de la création. Ils sont « antispécistes ». Or l’héritage grec est porteur d’une admiration pour le corps humain, qui impliquait une pratique du sport, que venaient couronner les joutes sur le stade d’Olympie. Le sport se pratiquait nu, qui se dit gymnos en grec, d’où le terme de gymnastique. Et la statuaire grecque est un hymne à la beauté du corps humain., dès ses débuts – voir les » kouroi » du musée d’Athènes.  Le christianisme, plus craintif vis-à-vis de la nudité, eu égard aux dangers que les descendantes d’Eve font courir à la l’homme, est tout de même tourné, dans son art, vers la beauté. L’ange de Reims n’est pas nu, mais quel sourire et quels yeux ! 

Par ailleurs, l’Eglise promeut un strict respect du corps dans ses fonctions biologiques telles que voulues par la nature, et donc, selon elle, par Dieu . D’où l’interdit pour le croyant de la sodomie, de la contraception chimique qui suspend le cycle féminin, a fortiori de l’avortement qui interrompt la gestation, et est obstacle à la vie donnée par Dieu. 

Au point qu’on a parlé longtemps pour désigner notre droit – qui intégrait ces interdits – de droit « naturel et chrétien ».

Ce droit naturel a volé en éclats. La nature humaine est désormais ressentie comme entièrement modulable et revisitable au gré de la nouvelle religion, celle de l’égalité. Les organes n’ont plus un rôle assigné par la nature – l’homme doit pouvoir être enceint -,l’enfant doit pouvoir changer de sexe, droit absolu au point que , parents et maitres sont judiciairement sanctionnés s’ils ne le l’acceptent pas , etc.

C’en est fait de ce que l‘on ressentait comme la normalité : une humanité divisée en deux sexes, des enfants faits par un homme et une femme, une division des tâches dans la société fondée, entr’autres, sur des aptitude mentales et physiques différentes.

Depuis la mort de Charlie Kirk, sans doute causée par le refus de quelque militant LGBT ulcéré  qu’il se dise hétéro, père de famille et heureux,  on ne peut plus sous-estimer la dangerosité de ces destructeurs de l’identité de l’homme, et donc de sa dignité.  

Au service de ce progressisme  il y a les lois mais aussi les juges, en particulier les juges suprêmes qui seuls peuvent abolir une loi ou une partie de la loi en la jugeant inconstitutionnelle ou lui donner une interprétation donnée.       

Chez nous le Conseil Constitutionnel, en Amérique la Cour suprême . 

Leur rôle est primordial aux yeux de Zemmour, opinion partagée par Donald Trump. De même que Platon a écrit dans « La République «  qu’on ne devrait pas laisser enseigner les enfants par des professeurs qui ne croient pas en Dieu, Trump pense qu’on ne devrait pas laisser des juges juger alors qu’ils ne croient en rien Car ce sera une justice rendue par rapport à quoi, du coup, à la mode, aux désirs du Pouvoir ? 

Actuellement, Zemmour le rappelle : six juges de la cour suprême sont catholiques sur neuf ! Trump a nommé trois juges pendant son premier mandat. Biden n’a pu en nommer aucun, car aucun n’est mort pendant son mandat, or ils sont nommés à vie. Trump en a renommé trois depuis son retour au pouvoir [21]

III LE DESIR D’ ERIC ZEMMOUR DE CONCILIER LA RELIGION JUIVE ACTUELLE ET LE CATHOLICISME SE HEURTE AUX FONDEMENTS MEME DU CHRISTIANISME   (1) MAIS LE RETOUR D’UN CATHOLICISME FORT POUSSE A UNE ALLIANCE DE FAIT (2)

Les critiques n’ont pas manqué sur la notion de « judéo-chrétien » [22] « En prétendant à une continuité pure, il (Zemmour) fabrique une fiction historique utile à son projet idéologique» écrit Jean-Luc Babelio sur la page « rencontres et dédicaces » de la FNAC. Pas moins de trois articles dans La Croix entre Octobre et novembre 2025 critiquent vertement Zemmour pour cette « instrumentalisation du catholicisme », ou cette « cour faite à une extrême droite catholique » ou « ce fantasme d’une identité homogène au service d’un projet politique excluant ».  Un livre de fond écrit sur ce sujet a même été réédité en mars 2025: «  La civilisation judéo-chrétienne ; Anatomie d’une imposture » paru aux editions «  Les liens qui libèrent » par  Sophie Bessis, chercheuse a l‘lris, d’origine juive tunisienne. .
Son projet de sursaut judéo-chrétien semble soulever la même indignation que celui de Maurras en son temps qui était de refaire une France catholique alors qu’il était athée. Le chef d’accusation – qui lui vaudra l’excommunication – est « instrumentalisation de la religion à des fins politiques ». C’est un peu du reste la critique de l’abbé Raffray, en off mais on l’entend très bien, juste avant son débat avec Eric Zemmour:[23] « la religion n’est pas un système qui peut se mettre au service du politique ».

En réalité, contrairement à ce que laisse penser le sous-titre de son livre Eric Zemmour sait que le « judéo-christianisme » n’existe pas. Ce terme, comme il le reconnait lui-même, est inapproprié car il suppose un syncrétisme entre judaisme et christianisme. Or, cette « combinaison de doctrines, de systèmes initialement incompatibles » qui definit le syncrétisme n’existe pas en l’espece. Au Concile de Nicée, en 325, rappelle Zemour, « le catholicisme coupe le cordon avec sa matrice juive .»[24] Et Louis IX –Saint Louis – après discussion avec les représentants du judaîsme dans son royaume, décide de brûler le Talmud et de chasser les juifs de France .[25]

Mais Zemmour plaide – a minima- pour une continuité non seulement entre le judaïsme antique et le christianisme, -qui est acté par la doctrtine –  mais entre le christianisme et le judaisme contemporain [26].

  1. Les arguments d’Eric Zemmour pour légitimer une alliance entre le judaïsme contemporain et les chretiens se heurtent aux fondements même du christianisme 

L’auteur développe de nombreux arguments en faveur de sa thèse. Ainsi l’Empereur Constantin aurait parlé de la chrétienté comme « verus israel », et Paul de tarse, – Saint Paul- aurait dit « tous ceux qui croient dans le christ sont des enfants d’Abraham »[27]. De plus le sacre en France ferait du Roi un descendant du roi David d’où l’usage comme dans la Bible du saint-chrème, de l’eau, du sel, des oriflammes bleu et or, des fleurs de lys, et « jusqu’au pouvoir de guérison »[28].

Il  note quand même que « les chrétiens de l’époque n’étaient pas conscients de cette analogie » et ajoute « si curieux que çà puisse paraitre ils n’avaient pas le sentiment d’une continuité entre le judaïsme antique qu’ils vénéraient et le judaïsme contemporain qu’ils jugeaient et traitaient fort mal ».

Il y a  deux raisons pour lesquelles Eric Zemmour ne le comprend pas. 

La première est qu’ il fait une lecture incomplète des textes (a). La seconde est qu’il n’est pas assez conscient de l’émotion pérenne suscitée par la Passion du Christ (b).

a) Reprenons le  texte de Saint Paul notamment, déjà cité: 

« Vous tous, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ.  Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ.  Et si vous êtes à Christ, vous êtes donc la postérité d’Abraham, héritiers selon la promesseEn ne citant que  « Il n’y a plus ni juif ni chrétien » ainsi que « vous êtes la postérité d’Abraham » pour en tirer la conclusion que juifs d’aujourd’hui et chrétiens sont sur un pied d’égalité Zemmour fait une confusion s puisqu’il manque la condition essentielle : être « baptisé en Christ », avoir « revêtu le Christ ».

Pour Rome, ceux qui sont « baptisés en Christ » – donc tous les chrétiens – sont les héritiers des juifs antiques.

Depuis la venue du Christ, ce sont les chrétiens qui sont « les enfants par la promesse » dans la nouvelle alliance. 

Ce qui fait la différence c’est donc « être au Christ » ou « ne pas être au Christ. Saint Paul dans la 4e épitre aux Galates  précise le sens de « si vous êtes au Christ vous êtes la postérité d’Abraham » par une image : Abraham , le père des croyants selon  la bible , eut deux femmes, l’esclave et la femme libre, et deux enfants, celui de l’esclave et celui de la femmes libre. Les juifs sont représentés par l’enfants né de la femme esclave symbolisée par Jérusalem, enfermée dans une loi qui l’entrave : ce sont les enfants par la chair . Les chrétiens, eux, sont représentés par l’enfant  de la femme libre. Ce sont les enfants, non selon la chair – ils ne sont pas juifs – mais selon l’esprit. Les juifs  convertis au christianisme sont les enfants à la fois de la chair et de l’esprit mais, les juifs non convertis ne sont plus les enfants d’Abraham. Ils se sont mis en en contradiction avec la religion dont il était le père, et qui annonçait la venue du christ par ses prophètes. 

 b).Les conséquences de la  passion du Christ et sa resurrection 

  • Conséquences doctrinales 

D’une part la destruction du Temple peu après la venue du Christ est vécue par l’Eglise comme la suite logique des paroles du Christ qui a dit « si le temple est détruit je le le reconstruirai  en trois jours ». Il parlait de son corps , de sa mort, et de sa resurrection le 3e jour.  Désormais il est la seule Loi et il est le seul Temple. 

De fait, les juifs  n’ont plus de tabernacle, qui était dans le temple détruit, et les tabernacles sont maintenant dans chaque église chrétienne. Ils n’ont plus de clergé, donc plus d’églises, mais, en lieu et place, des rabbins qui enseignent, les synagogues étant des écoles et non des temples. 

On parle en droit international de « succession d’Etats » dès lors qu’un territoire placé sous l’autorité d’un État passe définitivement sous l’autorité d’un autre État. On peut dire en l’espèce que, selon la doctrine de l’Eglise, il y a eu « succession de peuple de Dieu » entre le peuple juif élu  et le peuple chrétien ouvert à tous les « gentils » – toutes les nations donc : gentes en latin. 

La continuité est donc entre le judaïsme antique et le christianisme, et non « entre le judaïsme antique (…) et le judaïsme contemporain » comme le voudrait Zemmour.

Le « verus Israel » est le monde chrétien. Le fait que, comme le dit Zemmour -la théorie de la souveraineté de Jean Bodin soit fondée sur l‘ancien testament, ou bien le fait que Hobbes pour décrire son Etat tout puissant, son  Leviathan, se soit inspiré de l’Etat hébreu -.prouvent que les pays chrétiens se sont inspirés de l’Israel ancien, mais pas qu’ils continuent à avoir un quelconque lien avec le judaïsme  actuel. 

Il y eut bien pourtant des « judéo-chrétiens », mais ce fut tres bref, car il fut décidé, après un débat entre Saint Pierre et saint Paul  que la circoncision devant être abandonnée par les chrétiens. Dans son « épitre aux Galates »- Paul incite en effet les nouveaux chrétiens « à ne pas suivre  les enseignements des judéo-chrétiens qui tenaient à observer la loi de Moïse (à commencer par la circoncision) car  ils limiteraient ou anéantiraient la liberté qu’ils avaient trouvée dans le Christ. » [29].

  • Réactivation mémorielle de l’émotion 

L’émotion des chretiens à la lecture longue et détaillée de la passion de Jésus dans les textes liturgiques, de la trahison de Judas à la flagellation, de la couronne d’épine jusqu’au Golgotha, chaque semaine des Rameaux depuis plus de mille ans  ne peut être sans conséquence – même inconsciente- sur l’ opinion qu’ils ont de ceux qui l’ont fait condamner : le grand prêtre Caïphe et la foule présente au prétoire demandant sa mise à mort à Ponce Pilate.

          La persécution des juifs pendant la seconde guerre mondiale incita l’Eglise en la personne du pape Jean XXIII, dès 1959, à interdire la formule « juifs perfides » dans la liturgie de la passion du vendredi saint . Quand à la mention « juifs déicides », elle a été ôtée de la liturgie dominicale sous Paul VI   par le document conciliaire  « Nostra Aetate »[30].

Mais la compassion pour l’holocauste vint se superposer à la compassion pour le Christ . Elle ne changea pas les raisons profondes, même si non formulées, pour lesquelles les chrétiens, selon les mots de Zemmour, « jugent et traitent fort mal le judaïsme contemporain ».

Car l’indignation que soulève la Passion, telle que si bien reconstituée dans le film de Mel Gibson « la passion du Christ » : les cris de la foule, la pleutrerie du romain, la flagellation, la couronne d’épine, et cette chose inhumaine et terrifiante : les clous dans les mains et les pieds s’est transmise intacte jusqu’à nos jours.

La pitié que ressent alors tout chrétien est fondatrice. Elle va chez les grands saints comme François d’Assise jusqu’au désir de ressentir eux aussi pour être dignes du Christ, cette douleur extrême, ce qui leur est accordé comme un signe de grande grâce par l’apparition dans leur chair des « stigmates ».

Cette pitié, Eric Zemmour peut-il en mesurer la puissance, alors même qu’il a dit plusieurs fois lors d’interviews qu’il ne croyait pas au Christ ? [31]

  • Mais le retour d’un catholicisme fort pousse à une alliance de fait 

Eric Zemmour trouve une utilité à la laïcité [32] mais il en montre les limites. D’une part  elle est fondée sur un besoin de liberté individuelle peu structurée qui, confronté à une religion forte et identitaire, ne tient pas la route .   D’autre part les musulmans utilisent les « principes républicains » pour la contourner. La Liberté devient la liberté de porter le voile. L’Egalité la revendication de prestations sociales ou de logements. La liberté d’enseignement celle d’ouvrir des écoles coraniques . La Fraternité un droit d’accueil inconditionnel des clandestins, idée suggérée, il est vrai, par une jurisprudence du Conseil Constitutionnel du 5 Juillet 2018 ! 

Pour les chrétiens – et peut être pour Zemmour, même s’il ne le propose pas ? – la bonne solution serait de refaire de la France la « fille ainée de l’Eglise »  en lui rendant sa religion d’Etat millénaire : le catholicisme.

Le premier acte destructeur de la Révolution de 89 c’est d’avoir proclamé la fin d’un clergé libre et de la religion catholique comme religion d’Etat.

Le premier acte antirévolutionnaire devrait donc être la fin de la laïcité « à la française » qui est un athéisme d’Etat et le retour à la religion catholique où, remarquons-le, la véritable laïcité – distinction du temporel et du spirituel- figure en bonne place.  

Mais, comme le dit Eric Zemmour, qui  critique la mollesse de l’Eglise depuis Vatican II, il faudra revenir au catholicisme ante-conciliaire, celui qui n’appliquait pas à la lutte armée la phrase : « Si on te frappe sur la joue gauche, tends la joue droite » ou « qui tue par l’épée périra par l’épée », oubliant que ces préceptes s’appliquent à un « camp des saints » qui ne peut être la société toute entière .Dans ce bas monde la religion ne pouvant, justement,  se défendre elle-même, a besoin de dirigeants croyants pour la protéger. C’est ainsi que le pape Urbain II avait légitimement demandé aux dirigeants chrétiens de protéger les pélerins se rendant en terre sainte contre les musulmans qui dès l’an 800 leur en interdirent l’accès. Il est à noter que, en portant la croix du Christ comme étendard, ces soldats sont devenus des « croisés », mot que les musulmans d’aujourd’hui utilisent toujours pour désigner les chrétiens. 

Une Eglise catholique qui quitterait la posture socialement marginale, voire l’invisibilité sociale qu’elle a endossé depuis 50 ans serait un soutien puissant à cette résurrection d’une France forte que souhaite Eric Zemmour.

Ce dernier a reproché à l’abbé Raffray, lors d’un face à face organisé par Boulevard Voltaire à la mi-décembre 2025[33], de ne pas avoir une religion catholique identitaire. Nous avons souligné plus haut les raisons pour lesquelles ce n’était pas  juste si l’on pense à l’Eglise, non pas contemporaine mais millenaire. L’Eglise ne récuse pas l’identité nationale puisque   Jésus  dit aux disciples « Allez enseigner toutes les nations ». Mais elle ne récuse pas non plus l’identité catholique puisqu’elle a fait de la langue latine une langue commune à la communauté des croyants qui, par ailleurs, sont soumis aux mêmes rites sur toute la surface de la terre chaque dimanche : celui de la communion au corps et au sang du Christ. Mais ce l’était encore moins concernant le Bon Pasteur, congrégation a laquelle appartient l’abbé Raffray, qui porte soutane et -autorisée à ce faire par Benoit XVI – célèbre a messe traditionnelle en latin ! 

  Du reste les identitaires, souvent originellement néo-païens ou athées, lorsqu’ils se convertissent, le font en se tournant vers la religion catholique traditionnelle. Il ne peut y avoir là un hasard. Zemmour apporte du reste lui-même le démenti de ses propres allégations quand il note, via Jérôme Fourquet, qu’il y a un très important vote en sa faveur chez les « cathos tradis » ! 

Zemmour est enthousiasmé, comme il le dit dès le début de l’ouvrage[34] par cette jeunesse priante, ces 20.000 participants au pélerinage de Chartres de 2025, ces « veilleurs », ces adeptes du « bien commun » qui font envie, qui redonnent de l’espoir et qui, et ce n’est pas leur moindre qualité, adeptes de la famille traditionnelle, repeuplent la France            Par-delà le plaidoyer pro domo d’Eric Zemmour, qui a peu de chances d’être entendu [35] ce livre est une lecture roborative. Il nous encourage à lâcher – comme Zemmour l’a fait lui-même après le sombre  « suicide français » [36] les lamentations stériles  pour fixer notre attention sur le combat à mener. 


[1] P 35

[2] P110

[3] P.51

[4] P 86

[5] P 39-40

[6] P.48 et 50

[7] P 108

[8] P.108

[9] Il rassembla environ 2 000 délégués de différents peuples d’Orient

[10]. Les frères musulmans ont a rapidement diffusé leurs idées dans les pays au Moyen Orient   comme en Afrique du Nord.  Ils ont également établi des groupes de partisans autonomes, comme le  Hamas La lutte contre l’État d’Irael étant au cœur du mouvement,

[11] P 72. 

[12] P.34-35

[13] P 94

[14] P 94

[15] P 44

[16] P 58.

[17] P113

[18] P 91

[19] Or les premières organisations « internationales », celles des templiers au Xe siècle désignaient  par le terme de « lingua » les pays de l’époque : « Provence,  Castille etc … » . On peut voir encore leurs «  maisons «  distinctes à Rhodes ou à Malte.  

[20] P114

[21] P 117

[22]  Cf aussi in « Le nouveau conservateur » N°16 d’Avril 2025  par Hermione : « Non, notre civilisation n’est pas  judéo-chrétienne».

[23] Debat sur le site de Boulevard Voltaire du 15 decembre 2025

[24] P 46

[25]  ils n’ont pas été massacrés comme le suggère  Zemour p 34, mais ont reçu un ordre royal leur enjoignant de vivre « de leur propre labeur ou d’un honnête commerce, sans usure ».(…), la première mention connue de cette prescription se trouve dans un recueil de jugements de l’Échiquier de Normandie, où elle figure parmi les rubriques d’une nova constitutio facta a domino rege, émise peu avant l’automne 1235

[26] P 36

[27] Nous avons vu plus haut que cette interprétation n’est pas la bonne

[28] P 35

[29]. Paul  explique la doctrine de la justification par la foi; « Ce n’est pas l’application de la Loi qui sauve mais la foi en Jésus-Christ car cette foi permet de recevoir la grâce de Dieu qui rend ainsi la Loi inutile (actes des apotres 2,15-21).

[30] A la demande du Grand Rabbin de Rome. 

[31] Il suit en cela Renan pour qui Jesus de Nazareth n’est pas le Messie, n’a pas ressuscité, et qui écrit dans sa « vie de Jésus »: « Dans quelles conditions l’enthousiasme, toujours crédule, fit-il éclore l’ensemble de récits par lequel on établit la foi en la résurrection ? C’est ce que, faute de documents contradictoires, nous ignorerons à jamais. Disons cependant que la forte imagination de Marie de Magdala  joua dans cette circonstance un rôle capital  Pouvoir divin de l’amour ! Moments sacrés où la passion d’une hallucinée donne au monde un Dieu ressuscité ! »

[32] P. 101

[33] Et retransmis sur YouTube

[34] P. 12

[35] Les efforts conséquents faits par Jean-Paul II  pour faire naitre un amour des chrétiens pour leurs « frères ainés dans la foi », s’ils ont donné aux catholiques une plus grande gratitude envers un judaïsme qui a annoncé le Christ , n’ont pas pu légitimer à leurs yeux le second judaïsme, celui qui ne l’a pas reconnu.

[36] Paru chez Albin Michel en 2014. Top des ventes de livres politiques encore en 2025.

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