Par Francis Jubert
Il arrive qu’un livre soit mal lu parce qu’il est lu trop vite, ou sous un angle trop étroit. Tel est sans doute le sort réservé à Engrenages. La guerre d’Ukraine et le basculement du monde (Editions Odile Jacob, octobre 2024), essai de Pierre Lellouche, souvent perçu comme une analyse polémique de la guerre d’Ukraine, alors qu’il s’agit d’une réflexion beaucoup plus vaste, d’une méditation sur la fin d’un ordre international dominé par l’Occident et sur l’entrée dans un monde conflictuel, fragmenté, post-occidental.
La guerre d’Ukraine, dans cette perspective, n’est pas le sujet central du livre mais son révélateur. Elle agit comme un accélérateur historique, dévoilant les failles accumulées depuis la fin de la Guerre froide : illusion européenne d’un monde postnational, incapacité occidentale à penser la puissance, montée silencieuse d’un « Sud global » décidé à contester l’ordre établi depuis 1945. Lellouche l’annonce d’ailleurs dès l’avant-propos : ses convictions « ne sont pas dans l’air du temps ». C’est à l’aune de ce basculement global qu’il faut relire l’ensemble de l’ouvrage.
I — Le véritable sujet : le basculement du monde
Dès l’introduction, Pierre Lellouche installe son diagnostic : trente ans après la chute du mur de Berlin, le monde entre dans un nouveau cycle historique. Là où l’Occident croyait avoir figé l’histoire dans un ordre libéral universel, émergent désormais des puissances révisionnistes — Chine, Russie, Inde, Brésil — qui ne veulent plus jouer selon les règles occidentales.
Ce renversement est au cœur du livre. L’auteur insiste sur un fait rarement assumé dans le débat européen : le « Sud global » représente désormais la majorité démographique et une part croissante de la richesse mondiale. Les chiffres qu’il mobilise sont éloquents : alors que le G7 pesait encore près de la moitié du PIB mondial dans les années 1990, sa part décline continuellement pendant que les BRICS progressent. Le centre de gravité économique, technologique et politique glisse lentement vers l’Asie et vers les puissances émergentes.
Mais la formule la plus frappante résume à elle seule ce basculement : « le tiers-monde d’hier, obligé docile de l’Occident, n’est plus. Pire, il veut sa revanche ». Plus loin, Lellouche insiste : « un autre monde est en train de se structurer, à côté du nôtre, en fait contre nous ».
Le point le plus dérangeant du raisonnement est ailleurs : pour une grande partie du monde, la guerre d’Ukraine n’est pas perçue comme une guerre existentielle. Elle est vue comme une crise européenne parmi d’autres, parfois même comme une confrontation interne au « monde Blanc ». Lellouche cite plusieurs voix venues d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique du Sud pour montrer combien l’émotion occidentale contraste avec la distance stratégique du reste du monde.
Ainsi, ce que l’Europe vit comme une rupture historique majeure n’apparaît pas nécessairement comme tel ailleurs. Le livre oblige donc le lecteur européen à se décentrer : l’Occident n’est plus le centre naturel du récit mondial.
II — L’Ukraine, symptôme d’une crise occidentale
Relue sous cet angle, la guerre d’Ukraine devient moins un commencement qu’une conséquence. Pierre Lellouche avance une thèse forte : le conflit aurait pu être évité, non parce que la responsabilité russe serait moindre, mais parce que les Occidentaux ont accumulé erreurs d’analyse et dénis stratégiques.
L’un des fils conducteurs du livre est la critique d’une approche morale du conflit. L’auteur reprend la mise en garde de George F. Kennan : lorsqu’une démocratie entre en guerre, « son ennemi devient l’incarnation du mal », et le mensonge d’État finit par produire sa propre logique d’escalade. Selon Pierre Lellouche, cette dynamique a empêché de penser diplomatiquement la question des « lignes rouges » russes, pourtant identifiées depuis longtemps par de nombreux stratèges.
L’argument le plus controversé — mais aussi le plus structurant — concerne l’élargissement de l’OTAN et l’échec de la construction d’une architecture de sécurité européenne après 1991. L’auteur évoque les avertissements d’analystes américains et rappelle que la Russie a vécu la fin de l’URSS comme une humiliation historique, non comme une libération. Le ressentiment impérial russe serait ainsi un élément indispensable à la compréhension de l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine et de la radicalisation progressive du régime.
Cette insistance sur les causes profondes conduit à un autre constat, formulé par une expression devenue centrale dans le livre : « nous avons choisi (…) la désastreuse politique du ni-ni : ni négociation, ni dissuasion ». L’Ukraine est ainsi restée dans une zone grise stratégique. Lorsque la guerre éclate, l’engagement européen se fait principalement sous l’effet de l’émotion, et non d’une stratégie clairement définie.
III — L’engrenage stratégique et la guerre sans fin
Le titre du livre trouve ici tout son sens. Pour Pierre Lellouche, la guerre est devenue un engrenage dans lequel chaque acteur adapte ses objectifs au fil du conflit. Du côté russe, une « opération spéciale » censée être limitée se transforme en guerre civilisationnelle contre l’Occident ; du côté occidental, les objectifs deviennent « évolutifs, souvent vagues, voire fumeux ».
L’auteur insiste sur un fait inédit : des puissances occidentales financent massivement l’effort de guerre d’un État non-membre de leur alliance, tout en lui laissant la décision finale sur l’arrêt ou la poursuite du conflit. Cette situation, selon lui, témoigne de l’absence de vision politique commune.
À cela s’ajoute la dimension nucléaire. La dissémination des technologies balistiques, l’essor des drones longue portée et les nouveaux acteurs non étatiques introduisent une instabilité structurelle. L’attaque iranienne contre Israël d’avril 2024 illustre, dans son analyse, la vulnérabilité croissante des anciennes grandes puissances. Comme il l’écrit, « le monde se dirige vers une situation d’instabilité nucléaire permanente », très différente de l’équilibre codifié de la Guerre froide.
IV — Le Sud global, les sanctions et la fragmentation du système
La partie la plus originale d’Engrenages demeure cependant l’analyse des sanctions occidentales. Pierre Lellouche soutient qu’elles n’ont pas isolé la Russie comme escompté ; elles ont au contraire accéléré le rapprochement entre Moscou et Pékin et favorisé la structuration d’un système économique parallèle. Sa formule est sans ambiguïté : « c’est le Sud global qui s’est révélé le sauveur de la Russie face au mur sans précédent de sanctions occidentales ».
Le raisonnement est simple : une économie fondée sur l’exportation d’énergie et de matières premières ne pouvait pas être aisément asphyxiée tant que le reste du monde continuait d’acheter. Le « Sud global » a permis à la Russie de contourner le mur occidental, tandis que la Chine renforçait son soutien technologique et industriel.
Plus profondément, « les sanctions ont elles-mêmes accéléré la mise en place d’un système alternatif global ». Elles auraient ainsi alimenté un mouvement de dédollarisation et de remise en cause du système financier international dominé par les États-Unis. Pour l’auteur, l’Occident aurait contribué lui-même à éroder les instruments de sa puissance.
Le paradoxe européen est particulièrement frappant : en rompant avec le gaz russe, l’Europe serait passée d’une dépendance à une autre, tout en payant un coût énergétique et industriel considérable.
V — L’Europe face à la fin de son illusion post-historique
C’est ici que la réflexion de Pierre Lellouche rejoint son message politique implicite. Selon lui, l’Europe demeure prisonnière d’un imaginaire postnational : puissance civile, normative, persuadée que le droit et les valeurs suffisent à organiser le monde. Or le retour brutal de la guerre révèle la fragilité de cette posture. Une question traverse alors le livre : « et si nous étions en train de nous tromper de guerre ? »
Le décrochage économique face aux États-Unis et à la Chine, la faiblesse des capacités militaires, la difficulté à définir des intérêts communs traduisent une crise plus profonde : l’incapacité à se penser comme puissance. La guerre d’Ukraine agit alors comme un révélateur cruel de ce déclassement.
La France n’échappe pas à cette critique. Pierre Lellouche insiste sur la nécessité de retrouver une stratégie nationale claire, de reconstruire un outil de défense crédible et de cesser d’invoquer une « souveraineté européenne » qu’il juge trop abstraite pour répondre aux réalités du monde. Il appelle au contraire à « rechercher le mouvement, l’agilité et l’audace ».
VI — Un livre qui oblige à changer de focale
Au fond, Engrenages n’est pas d’abord un livre sur la Russie, ni même sur l’Ukraine. C’est un livre sur l’Occident face à sa propre fatigue stratégique. Pierre Lellouche décrit un monde où les certitudes héritées de l’après-Guerre froide se dissolvent une à une : la croyance dans l’universalité du modèle libéral, la conviction que le droit peut remplacer la puissance, l’idée enfin que l’histoire aurait cessé d’être tragique.
Sa thèse est dérangeante parce qu’elle inverse la perspective dominante. Ce n’est pas la guerre d’Ukraine qui transforme le monde ; c’est le basculement du monde qui donne à la guerre d’Ukraine son sens réel. L’auteur écrit ainsi que « les conséquences globales de cette guerre (…) sont bien plus importantes que la guerre elle-même », tant elle accélère le passage vers un ordre post occidental.
Le lecteur peut discuter les parallèles historiques, contester certaines analyses ou refuser la radicalité du diagnostic. Mais il devient difficile d’ignorer l’interrogation centrale du livre : et si l’Occident, persuadé d’incarner la norme universelle, n’était plus qu’un acteur parmi d’autres dans un monde redevenu pleinement concurrentiel ?
Pierre Lellouche avertit que « rien n’est plus difficile pour les contemporains que de prendre conscience de la fin de leur monde ». C’est peut-être dans cette prise de conscience que se trouve la clé d’Engrenages. Le véritable engrenage n’est pas seulement militaire ou diplomatique ; il est mental. Il réside dans la difficulté des Européens à accepter que le temps du confort stratégique est terminé.
En refermant ce livre, une idée demeure : la guerre d’Ukraine n’a pas seulement rouvert la question de la sécurité européenne. Elle a brutalement rappelé que l’histoire n’avait jamais quitté la scène — et que les nations qui refusent de regarder le monde tel qu’il est risquent d’être emportées par lui.
Engrenages de Pierre Lellouche : l’Ukraine ou la fin du moment occidental
Par Francis Jubert
Il arrive qu’un livre soit mal lu parce qu’il est lu trop vite, ou sous un angle trop étroit. Tel est sans doute le sort réservé à Engrenages. La guerre d’Ukraine et le basculement du monde, essai de Pierre Lellouche, souvent perçu comme une analyse polémique de la guerre d’Ukraine, alors qu’il s’agit d’une réflexion beaucoup plus vaste, d’une méditation sur la fin d’un ordre international dominé par l’Occident et sur l’entrée dans un monde conflictuel, fragmenté, post-occidental.
La guerre d’Ukraine, dans cette perspective, n’est pas le sujet central du livre mais son révélateur. Elle agit comme un accélérateur historique, dévoilant les failles accumulées depuis la fin de la Guerre froide : illusion européenne d’un monde postnational, incapacité occidentale à penser la puissance, montée silencieuse d’un « Sud global » décidé à contester l’ordre établi depuis 1945. C’est à l’aune de ce basculement global qu’il faut relire l’ensemble de l’ouvrage.
I — Le véritable sujet : le basculement du monde
Dès l’introduction, Pierre Lellouche installe son diagnostic : trente ans après la chute du mur de Berlin, le monde entre dans un nouveau cycle historique. Là où l’Occident croyait avoir figé l’histoire dans un ordre libéral universel, émergent désormais des puissances révisionnistes — Chine, Russie, Inde, Brésil — qui ne veulent plus jouer selon les règles occidentales.
Ce renversement est au cœur du livre. L’auteur insiste sur un fait rarement assumé dans le débat européen : le « Sud global » représente désormais la majorité démographique et une part croissante de la richesse mondiale. Les chiffres qu’il mobilise sont éloquents : alors que le G7 pesait encore près de la moitié du PIB mondial dans les années 1990, sa part décline continuellement pendant que les BRICS progressent. Le centre de gravité économique, technologique et politique glisse lentement vers l’Asie et vers les puissances émergentes.
Le point le plus dérangeant du raisonnement est ailleurs : pour une grande partie du monde, la guerre d’Ukraine n’est pas perçue comme une guerre existentielle. Elle est vue comme une crise européenne parmi d’autres, parfois même comme une confrontation interne au « monde blanc ». Lellouche cite plusieurs voix venues d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique du Sud pour montrer combien l’émotion occidentale contraste avec la distance stratégique du reste du monde.
Ainsi, ce que l’Europe vit comme une rupture historique majeure n’apparaît pas nécessairement comme tel ailleurs. Le livre oblige donc le lecteur européen à se décentratrer : l’Occident n’est plus le centre naturel du récit mondial.
II — L’Ukraine, symptôme d’une crise occidentale
Relue sous cet angle, la guerre d’Ukraine devient moins un commencement qu’une conséquence. Lellouche avance une thèse forte : le conflit aurait pu être évité, non parce que la responsabilité russe serait moindre, mais parce que les Occidentaux ont accumulé erreurs d’analyse et dénis stratégiques.
L’un des fils conducteurs du livre est la critique d’une approche morale du conflit. L’auteur reprend la mise en garde de George F. Kennan : lorsqu’une démocratie entre en guerre, elle tend à absolutiser sa cause et à diaboliser l’adversaire, au risque de commettre des erreurs de calcul. Selon Pierre Lellouche, cette dynamique a empêché de penser diplomatiquement la question des « lignes rouges » russes, pourtant identifiées depuis longtemps par de nombreux stratèges.
L’argument le plus controversé — mais aussi le plus structurant — concerne l’élargissement de l’OTAN et l’échec de la construction d’une architecture de sécurité européenne après 1991. L’auteur évoque les avertissements d’analystes américains et rappelle que la Russie a vécu la fin de l’URSS comme une humiliation historique, non comme une libération. Le ressentiment impérial russe serait ainsi un élément indispensable à la compréhension de l’arrivée au pouvoir de Poutine et de la radicalisation progressive du régime.
Cette insistance sur les causes profondes conduit à un autre constat : l’Occident aurait choisi une politique du « ni-ni » — ni négociation réelle, ni dissuasion crédible — laissant l’Ukraine dans une zone grise stratégique. Lorsque la guerre éclate, l’engagement européen se fait principalement sous l’effet de l’émotion, et non d’une stratégie clairement définie.
III — L’engrenage stratégique et la guerre sans fin
Le titre du livre trouve ici tout son sens. Pour Pierre Lellouche, la guerre est devenue un engrenage dans lequel chaque acteur adapte ses objectifs au fil du conflit. Du côté russe, une « opération spéciale » censée être limitée se transforme en guerre civilisationnelle contre l’Occident. Du côté occidental, les buts de guerre deviennent flous, oscillant entre soutien défensif, volonté d’affaiblissement russe et espoir de victoire ukrainienne.
L’auteur insiste sur un fait inédit : des puissances occidentales financent massivement l’effort de guerre d’un État non-membre de leur alliance, tout en lui laissant la décision finale sur l’arrêt ou la poursuite du conflit. Cette situation, selon lui, témoigne de l’absence de vision politique commune.
À cela s’ajoute la dimension nucléaire. La dissémination des technologies balistiques, l’essor des drones longue portée et les nouveaux acteurs non étatiques introduisent une instabilité structurelle. L’attaque iranienne contre Israël d’avril 2024 illustre, dans son analyse, la vulnérabilité croissante des anciennes grandes puissances. Le monde entre dans une phase d’instabilité atomique permanente, très différente de l’équilibre codifié de la Guerre froide.
IV — Le Sud global, les sanctions et la fragmentation du système
La partie la plus originale d’Engrenages demeure cependant l’analyse des sanctions occidentales. Pierre Lellouche soutient qu’elles n’ont pas isolé la Russie comme prévu ; elles ont au contraire accéléré le rapprochement entre Moscou et Pékin et favorisé la structuration d’un système économique parallèle.
Le raisonnement est simple : une économie fondée sur l’exportation d’énergie et de matières premières ne pouvait pas être aisément asphyxiée tant que le reste du monde continuait d’acheter. Le Sud global a permis à la Russie de contourner le mur occidental, tandis que la Chine renforçait son soutien technologique et industriel.
Plus profondément, les sanctions auraient alimenté un mouvement de dédollarisation et de remise en cause du système financier international dominé par les États-Unis. Pour l’auteur, l’Occident aurait ainsi contribué lui-même à éroder les instruments de sa puissance.
Le paradoxe européen est particulièrement frappant : en rompant avec le gaz russe, l’Europe serait passée d’une dépendance à une autre, tout en payant un coût énergétique et industriel considérable.
V — L’Europe face à la fin de son illusion post-historique
C’est ici que la réflexion de Lellouche rejoint son message politique implicite. Selon lui, l’Europe demeure prisonnière d’un imaginaire post-national : puissance civile, normative, persuadée que le droit et les valeurs suffisent à organiser le monde. Or le retour brutal de la guerre révèle la fragilité de cette posture.
Le décrochage économique face aux États-Unis et à la Chine, la faiblesse des capacités militaires, la difficulté à définir des intérêts communs traduisent une crise plus profonde : l’incapacité à se penser comme puissance. La guerre d’Ukraine agit alors comme un révélateur cruel de ce déclassement.
La France n’échappe pas à cette critique. Lellouche insiste sur la nécessité de retrouver une stratégie nationale claire, de reconstruire un outil de défense crédible et de cesser d’invoquer une « souveraineté européenne » qu’il juge trop abstraite pour répondre aux réalités du monde.
VI — Un livre de rupture intellectuelle
Au final, Engrenages est moins un livre sur la Russie qu’un livre sur l’Occident. Son ambition est de provoquer une prise de conscience : le monde ne s’organise plus autour de nos catégories morales ou de nos réflexes historiques. L’auteur invite à regarder le monde tel qu’il est, non tel que les Européens voudraient qu’il soit.
On peut contester certaines analogies, discuter des jugements ou trouver parfois le propos excessif. Mais c’est précisément ce qui fait la force de l’ouvrage : il oblige à rouvrir le débat stratégique, à sortir des réflexes émotionnels et à réintroduire la question de la puissance dans la réflexion politique européenne.
La thèse centrale pourrait se résumer ainsi : la guerre d’Ukraine n’est pas la cause du basculement du monde ; elle en est l’illustration la plus spectaculaire. Derrière le fracas des armes se joue quelque chose de plus profond — la fin du moment occidental et l’entrée dans une ère de rivalités durables.
À ce titre, le livre de Pierre Lellouche mérite d’être lu non comme un manifeste idéologique, mais comme un signal d’alarme. Car si l’on suit son raisonnement, le véritable engrenage n’est pas seulement militaire : il est mental. Il réside dans notre difficulté collective à accepter que l’histoire ait recommencé.

