E
n cette veille d’élections municipales, penchons-nous sur l’organisation territoriale de la France, qui touche à l’absurde, et au principe qui devrait la remettre en ordre, le principe de subsidiarité.
Ce principe, il nous faut d’abord le comprendre, et revenir à son sens originel (prendre les décisions au plus près de ceux qu’elles concernent), abondamment illustré par la doctrine sociale de l’Église, notamment par Pie XI, qui, dans Quadragesimo anno. Et dénonçons sans relâche le sens, presque inverse, que lui ont donné les différents traités de l’Union européenne, pour qui le principe de subsidiarité consiste à déléguer aux États ce que la commission de Bruxelles ne peut ou ne veut pas faire.
Au sens originel, la subsidiarité est à la fois gage d’efficacité et de légitimité de l’action publique : efficacité, puisque celui qui dirige est identifié par tous, responsable de ses décisions (et donc susceptible de sanctions – au moins électorales) sans s’abriter derrière d’innombrables intermédiaires. Légitimité, puisque le pouvoir clairement identifié s’accompagne nécessairement de responsabilité – tandis que notre vie publique souffre gravement de l’irresponsabilité générale à tous les échelons. L’action municipale étant le niveau d’action publique le plus proche du citoyen, il est logique qu’elle soit à la fois celle que l’on perçoit le mieux et qui, tant bien que mal, résiste au discrédit général de l’action publique.
Il n’est point d’opposition entre l’action de l’État, en son périmètre propre, et l’action locale : selon la pensée politique classique – chère aux conservateurs –, synthétisée et actualisée par la doctrine sociale de l’Église, le principe de subsidiarité ne flotte pas dans l’éther des idées : il est limité d’autres principes, à commencer par celui du Bien Commun. Et c’est à l’État, incarnation légale de la société politique nationale (seule société temporelle parfaite, disposant en elle-même de tous les moyens de parvenir à sa fin) d’assumer ce Bien Commun.
Rejeter autant le jacobinisme que les féodalismes locaux
C’est assez dire que nous devons à la fois rejeter le jacobinisme, selon lequel rien n’existe entre l’État et l’individu « tout parfait et solitaire » selon le mot fameux de Rousseau, et cette espèce de séparatisme rampant par lequel de grands « barons » locaux se créent une sorte de diplomatie parallèle (négociant directement avec Bruxelles, par exemple…) et se bâtissent un petit État local à leur mesure sans tenir compte d’aucune règle supérieure – cas par exemple du Conseil de Paris invoquant le droit de s’adresser aux Parisiens en écriture inclusive, comme s’il n’était au-dessus d’eux nulle loi.
La pensée politique conservatrice montre ainsi qu’elle n’a rien de poussiéreux ni d’utopique : elle prend résolument sa place dans le débat public et propose des solutions conformes à la nature humaine, au génie national français, et aux exigences du monde contemporain. Cette intervention du Nouveau Conservateur en marge d’une élection importante, mais aussi au cœur du débat public que devrait susciter cette élection, nous semble une excellente façon d’illustrer notre vision de l’utilité de notre revue : entrer résolument dans le champ politique tout en refusant les querelles partisanes.
Face à l’abîme, Conservateurs et Souverainistes ont un rôle immense à jouer. Naturellement, ce que nous réalisons ici pour les élections municipales a vocation à être développé à l’occasion des prochaines élections nationales, présidentielles et législatives, de 2027. C’est l’esprit de la collection France 2027 que nous avons lancée voici plusieurs mois : une vingtaine d’opuscules dressant un diagnostic sur autant de grands sujets déterminants pour l’avenir, présentant des propositions en invitant les candidats à se prononcer sur elles.
Oui, les conservateurs et les souverainistes ont une partition importante à jouer dans le débat public des prochaines années. Ce sont toujours les minorités agissantes qui font l’histoire et nous n’avons aucune intention de regarder, les mains dans les poches, le train d’enfer du déclin français foncer vers l’abîme. Nous entendons bien rompre avec ces générations qui ont accepté la mort de Dieu, corrélativement celle de la Loi naturelle et de l’Homme vertical, et qui ont ouvert la voie aux plus sataniques barbaries – dont l’affaire Epstein montre ces temps-ci les ahurissants abysses. Sans doute est-ce cela aussi l’esprit de subsidiarité : à l’abîme, opposer le Bien Commun là où nous sommes – en un mot, redevenir in extremis responsables de notre Nation, de notre Civilisation, et de leur avenir.

